"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

samedi 28 février 2015

Père Epiphane [Theodoropoulos]: Conseils de vie…(3)




*

"Père," lui dit quelqu'un, "vous les chrétiens vous allez à l'encontre de la nature avec vos sermons concernant l'abstinence. De quel droit faites-vous cela? La nature savait très bien ce qu'elle faisait en mettant l'instinct sexuel en l'homme. Qui êtes-vous pour essayer de le subjuguer?"

" Mon enfant, Dieu a placé cet instinct en l'homme, mais Il ne l'y a pas mis seul. Il l'a directement associé avec toutes les responsabilités qui accompagnent la préservation de l'espèce. L'homme, cependant, ne garde qu'un aspect de la chose: le plaisir. L'autre aspect, qui se nomme responsabilité, il le jette à la poubelle. Alors, dis-moi, qui va à l'encontre de la nature? Nous les chrétiens, ou bien vous?"

*

Un jour on l'entendit dire à un de ses enfants spirituels qui avait un problème de comportement:

"Maintenant je pèuis m'expliquer pourquoi tu agis ainsi. je ne t'ai pas particulièrement gardé dans ma prière. A partir de ce jour, ce soir-même, je le ferai.

*

L'institution du jeûne est nécessaire.

Je crains que ceux qui ignorent consciemment la pratique du jeûne, sans avoir de raisons de santé, ne sont pas vraiment intéressés par le salut de leurs âmes.

*

Le pire enfer pour moi, est de savoir que j'ai attristé quelqu'un

*

Lorsque, quelques jours avant sa dormition, il organisa tout lui-même pour ses funérailles (avis, office, etc.) avec beaucoup de calme, comme si c'était pour les funérailles de quelqu'un d'autre, un de ses enfants spirituels, étonné,  lui demanda "Staretz, ne crains-tu pas la mort?"

"Non, je ne crains pas du tout la mort. (Petit silence…) Et je ne la crains pas, bien sûr, à cause de mes œuvres, mais parce que je crois en la miséricorde de Dieu."

*

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
Counsels for Life
(Conseils de Vie)
Compilés par le Saint Ermitage de la Mère de Dieu 
version anglaise Père Nicolas [Palis]
et Père Marc [Andrews]
publié à Athènes 
en 
1995


Librairie du Monastère de la Transfiguration, Février 2015

Le monastère de la Transfiguration a le plaisir de vous annoncer la parution de quatre nouveaux CD ROM de chants liturgiques.

Office de Sainte Marie Madeleine. La Divine liturgie. Chants des soeurs du monastère d'Ormylia (Grèce).

 

 

Office de Sainte Marie Madeleine. Les vêpres. Chants des soeurs du monastère d'Ormylia (Grèce).


 

Fête de l'Annonciation. Chants des soeurs du monastère d'Ormylia (Grèce).

 

Chants du Grand carême. Chants des moines de Simonos Pétra (Mont Athos - Grèce).

 

vendredi 27 février 2015

Père Epiphane [Theodoropoulos]: Conseils de vie…(2)




Quelques uns disent:

" Nous ne jeûnons pas quand nous sommes avec d'autres gens, afin de ne pas les troubler et les scandaliser par notre attitude. Ils feront des commentaires… Le Christ Lui-même n'a-t-Il pas dit que nous ne devrions pas montrer que nous jeûnons, comme les pharisiens hypocrites?

Le staretz répondait à cela par les paroles suivantes:

"Quand nous jeûnons, comme lorsque nous accomplissons toute bonne action, quelles qu'elle soit, nous devons agir avec humilité de pensée, comme des "serviteurs inutiles", obéissant aux Commandements de l'Eglise. Et ceci doit être indépendant du fait que les gens nous voient ou pas. 

De même que nous ne devons pas rechercher les louanges des gens, ainsi, nous ne devrions pas craindre leurs reproches ou leurs commentaires lorsque nous accomplissons notre devoir envers les Commandements de Dieu. Dans ce cas, il n'est pas correct pour nous de nous préoccuper de savoir si quelqu'un en est dérangé ou scandalisé."

"Si nous accomplissons notre devoir, la responsabilité du scandale revient sur la personne scandalisée, qui, en dernier lieu, soit ne reconnaît pas l'autorité du Christ et de Son Eglise dans notre vie, ou bien essaie de justifier sa propre faiblesse. 

Pourquoi penses-tu à ceux qui seront "scandalisés" quand ils nous voient jeûner, mais que tu ne prêtes pas attention à ceux qui connaissent nos principes  et nos croyances, et voient que nous ne jeûnons pas? Dans ce dernier cas, la responsabilité du scandale pèse complètement sur nous, parce que c'est nous qui transgressons les Commandements!

En outre, si nous élargissons également ce raisonnement aux autres Commandements de l'Eglise, nous abolissons toute la loi éthique de Dieu. 

Par exemple, je veux aller à l'Eglise. Est-ce que je ne rencontre pas toujours des gens en chemin? Je pense alors: Si j'entre et qu'ils me voient, s'ils sont athées ou antichrétiens, ils seront gênès et deviendront courroucés. Si ce sont de pieux croyants, , ils diront: Quel bon chrétien! Il va à l'Eglise! et leur louange t'enlèvera le bénéfice d'aller à l'Eglise. Alors je ne vais pas à l'Eglise. J'irai à l'Eglise quand personne ne me verra. Et adieu l'Eglise!!!

Où a-t-on jamais entendu de telles choses? Quel Evangile mentionne de telles choses?"

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
Counsels for Life
(Conseils de Vie)
Compilés par le Saint Ermitage de la Mère de Dieu 
version anglaise Père Nicolas [Palis]
et Père Marc [Andrews]
publié à Athènes 
en 
1995

jeudi 26 février 2015

Père Epiphane [Theodoropoulos]: Conseils de vie…(1)


*

L'offrande des prêtres célibataires

Un jour un jeune laïc voulut l'embarrasser. Alors il lui dit:

"Père Epiphane, vous les clercs célibataires  vous n'offrez rien au monde. Vous n'avez pas de famille, vous n'avez pas d'enfants… Donc, vous êtes des arbres qui ne donnent pas de fruits et pour cette raison, selon l'Evangile, vous devez être abattus et jetés au feu!"

Et le staretz lui répondit:

"Mon frère, je ne te répondrai pas selon le langage de L'Evangile, puisque, sur la base de ton parallèle entre le clergé célibataire et l'arbre stérile, tu ne le connais pas… Cependant, je vais te répondre avec un argument logique.

"Comme tu le sais, à part les arbres qui produisent des fruits, il y a d'autres arbres qui, bien qu'ils ne produisent pas de fruits, sont très utiles à l'homme par leur bois, leurs feuilles, leur ombrage, etc…

 Donc, si nous acceptons, selon ta logique, que le clergé célibataire ne produise pas de fruits, alors  je me contente d'être un tel arbre… disons un vieux platane, sous lequel le passant de la vie qui est las, se repose et trouve du courage pour son combat quotidien.

Le temps passa, et ce jeune homme, eut aussi besoin du "vieux platane!"

Qu'arriva-t-il? Il tenta de se suicider, mais heureusement n'y parvint pas, et après être rétabli, il fit appel à "l'arbre sans fruits." 

Et la même nuit où il reçut cet appel téléphonique, Père Epiphane prit un taxi depuis Kalamata et alla dans le village campagnard du jeune homme, pour le soutenir pour le restant de ses jours!

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
Counsels for Life
(Conseils de Vie)
Compilés par le Saint Ermitage de la Mère de Dieu 
version anglaise Père Nicolas [Palis]
et Père Marc [Andrews]
publié à Athènes 
en 
1995



mercredi 25 février 2015

Photios Kontoglou de bienheureuse mémoire: L'Orthodoxie (R)



Photios Kontoglou ( 1895-1965),
fut un des plus grands iconographes de Grèce.
Les saints de Lesbos, Raphaël, Irène et Nicolas,
lui sont apparuspour qu'il fasse leur icône.
Il a résumé d'une manière admirable
une certaine attitude fausse
vis-à-vis de l'orthodoxie…

***

"Ils aiment l'orthodoxie, disent-ils, mais ils se plaignent que ses jeûnes soient trop longs. 

Ils aiment l'orthodoxie, mais les offices sont trop longs.Les barbes sont trop longues aussi, et les soutanes sont de trop.

De plus, l'orthodoxie a trop de vigiles, trop de prosternations, trop d'épitimies, trop de saints canons dans le Pedalion…

Et enfin, elle a trop d'anathèmes, contre trop d'hérésies."

Icônes de Photios Kontoglou sur internet: 

Ouvre-moi les portes de la repentance/ Покаяния отверзи ми двери

mardi 24 février 2015

Moniale martyre Augusta [Zastchouk] (1871-1938)


Nun-Martyr Augusta (Zaschuk) Photograph before her death
Moniale martyre Augusta [Zastchouc]
Photographie avant sa mort


C'était pendant l'année 1938, et dans le froid glacial de janvier,  la moniale âgée du grand habit Augusta [Zastchouk], attendait son destin dans une chambre glaciale. La sentence de la troïka spéciale du NKVD avait été annoncée la veille de Noël, et les heures avant l'exécution de 20 prêtres, moniales et laïcs, étaient comptées.

Sur la dernière photo de Matouchka Augusta nous voyons devant nous un visage aimable, fatigué, des yeux sages, et dans tout son visage  la paix de l'âme, de la fermeté, et le calme d'une moniale qui est confiante en la Providence de Dieu pour elle.

Avant la mort une personne se rappelle souvent de toute sa vie passée et y repense. La vie de cette moniale sortait de l'ordinaire. La future martyre Augusta (dans le monde, Lydia Vasilievna Zastchouk) naquit à Saint-Pétersbourg. Son père était conseiller privé de la noblesse; sa mère était de la famille d'un capitaine du personnel. Lydia fut diplômée du célèbre Institut Smolny; elle connaissait plusieurs langues étrangères, et possédait des dons littéraires.

Après son mariage à un jeune officier brillamment instruit, il semblait qu'une vie de famille heureuse l'attendait. Mais le bonheur, malheureusement, n'arriva point. Il n'y eut pas d'enfants issus du mariage, et les difficultés et les souffrances de dix ans de mariage, devinrent des leçons d'humilité et de patience pour la future moniale.

Lydia se rendit également en visite à l'étranger. Elle revint en Russie et travailla comme employée et traductrice au chantier naval de l'Amirauté à Saint-Pétersbourg, tandis qu'en 1917, elle délivrait des permis au conseil municipal (Douma) de ce qui était devenu Petrograd.

A cette époque, Lydia écrit dans une lettre:

"La révolution m'a enlevé mes moyens, et j'en fus heureuse, car sans cela je n'aurais pas connu la proximité du Seigneur envers une personne."

Après la révolution, le Seigneur amena Lydia Vasilievna à l'Ermitage d'Optina, où elle trouva finalement ce qu'elle cherchait depuis longtemps: la foi. Elle sentit la grâce de ce monastère de renom. Elle en vint à connaître de près les startsy d'Optina : saint Nectaire et le hiéromoine Nicon (Belyaev), le futur moine martyr.

A l'Ermitage d'Optina, comme en d'autres monastères en Russie, les autorités avaient organisé des fermes d'état plemkhoz et  sovkhoz [1], et les moines organisèrent eux-mêmes "L'Association coopérative des producteurs de Fleurs et de Jardin potager." La tentative de la fraternité pour sauver le monastère (même sous une telle forme) ne rencontra pas de succès: ils fermèrent  "l'association" en 1924 "pour propagande anti-soviétique."

Les nouvelles autorités dirigeaient au-dessus de l'autorité du monastère et le chaos complet régnait: des livres et des choses saintes disparurent ou furent pillés. Des institutions et des particuliers occupaient les locaux et prenaient ce qui leur plaisait. Il y avait des cas de vandalisme: les soldats de l'unité militaire cantonnée au monastère commencèrent à planter des clous dans les belles peintures murales du réfectoire du monastère.

La Fraternité essaya de sauver les objets saints, ne serait-ce que dans le musée nouvellement construit, dans lequel allèrent les bibliothèques et les archives du très riche monastère et de la skite et de plusieurs bâtiments du monastère. Le Père Nicon (Belyaev) devint le premier directeur du Musée d'Optina en 1919.

Après l'arrestation de ce dernier, Lydia Vasilievna en devint la directrice. Que pouvons-nous dire des travailleurs de ce musée? Le moine-confesseur Nicon. Le moine-confesseur Agapit (Taube). La moniale Marie (Dobromyslova), fille d'un prêtre de Kozelsk, enfant spirituel du Père Nicon, auteur de l'excellent livre La Vie du hiéromoine Nicon. La poétesse et auteur pour de livres pour enfants Nadège Pavlovitch, fidèle fille spirituelle de saint Nectaire, et auteur de mémoires sur lui... Désintéressés, altruistes et tenaces, ils s'efforcèrent de préserver les trésors spirituels d'Optina -ses objets sacrés. Ils furent condamnés et ils savaient qu'ils étaient condamnés. Mais ils savaient aussi que tout ne s'arrête pas avec cette courte vie terrestre.

Lydia Vasilievna écrivit au Glavmuzei [2]: "Que faire s'ils commencent à stocker des légumes dans les locaux des églises avec leurs peintures murales et leurs plafonds, et qu'ils m'arrêtent pour activités contre-révolutionnaires, bien que du berceau à la tombe, je n'ai pas voulu et ne veux pas même penser à la politique... Les prisons des provinces de Kalouga, Smolensk, et Vyazemsk ne sont pas chauffées, et il serait difficile de rester en prison pour longtemps pour des idées politiques qui n'existent pas."

Et elle dût néanmoins séjourner en prison pour "manque de loyauté politique." Les œuvres de Lydia Vasilievna méritaient d'être notées par les autorités impies: Elle survécut à 16 arrestations, huit fois pendant deux semaines à chaque incarcération. Elle revenait de prison complètement malade. Un jour, elle fut envoyée sous bonne garde par Vyzma et Smolensk à la prison de Kalouga, et elle revint malade du typhus à l'Ermitage d'Optina, après seulement trois semaines.

En dépit de la persécution des autorités, l'activité du Musée fut élargie. En 1922, le Musée gagna par décret la reconnaissance de l'inviolabilité du parc de l'Ermitage d'Optina. Le 12 août 1922, le saint staretz d'Optina Anatole [Potapov] partit vers le Seigneur. Ses choses ("les objets de tous les jours"), "en raison de leur importance particulière comme objets fabriqués," furent reçues dans le Musée, et enregistrées comme pièces d'exposition. C'était une petite victoire, et cela leur permit de préserver les objets sacrés pour la postérité.

Les gens arrivèrent à l'Ermitage d'Optina venant de sociétés scientifiques et de l'Académie des Sciences de Pétersbourg, pour y travailler; des écrivains ainsi que des étudiants, arrivèrent. Parmi les personnes qui visitaient Optina, il y avait les noms de figures bien connues de ces années-là. Des groupes de touristes arrivaient souvent à pied d'endroits éloignés; et comme les pèlerins de jadis, on les hébergeait.

Mais les autorités des sans Dieu ne dormaient pas, et elles réagirent: un comité de liquidation commença à travailler à la dissolution de la coopérative monastique avec la confiscation des biens. "L'Association Fleur et Jardin potager "avait cloisonné un pièce pour les personnes arrivant à Optina, et cela servit comme excuse pour le verdict de culpabilité du tribunal, supposant que seuls les pèlerins, étaient exclusivement hébergés dans cette salle.

Les recherches et les arrestations furent effectuées méthodiquement, ils bouclèrent les locaux du musée, et reprirent les clés à Lydia Vasilievna. Ils envoyèrent les objets saints, décrits par les athées comme "matériel de musée" pour un débarras, et à la recherche d'un trésor caché, ils firent sauter les voûtes de l'église de Sainte-Marie d'Egypte.

St. Mary of Egypt Church. Optina Hermitage

Eglise Sainte-Marie de l'Egypte. Optina Hermitage
    
Dans la dénonciation au Comité exécutif de la Province de Kalouga, sous le titre de "rapport", on lit, "L.V.[Lydia Vassilievna] Zastchouk, ancienne directrice du Musée (écartée de ses fonctions avec grande difficulté... a été arrêtée pour opposition au retrait des objets de valeur de l'église; religieuse jusqu'au plus grand fanatisme, ayant combiné son service avec la vénération des startsy."

La description faite par les autorités n'est pas surprenante: "religieuse jusqu'au plus grand fanatisme" Les personnes religieuses n'étaient pas appelées "fanatiques" alors. Lydia Vasilievna ne plaida pas coupable, au contraire, elle réfuta habilement toutes les accusations. Par exemple, pour l'accusation d'offices divins illégaux elle annonça avec fermeté: "Nul ne peut être responsable pour les prières d'un particulier dans ses propres appartements."

En 1923, le monastère fut dévasté et fermé pour de bon. Lydia Vasilievna travailla encore à l'Ermitage d'Optina pendant un certain temps, signant en tant que "Directrice en chef du Musée d'Etat", mais en 1924 elle fut forcée de quitter Optina avec ses derniers habitants. Le Musée tint jusqu'en 1928, puis il fut également fermé.

Lydia Vasilievna habitait non loin d'Optina dans la ville de Belyov, vivotant de leçons privées d'allemand et de français. Dans les années 30, de nombreux moines exilés de l'Ermitage d'Optina et de moniales du couvent de Chamordino y vivaient. C'est là que Vladyka Ignace (Sadkovsky) du diocèse de Belyov organisa un couvent. Et c'est là que Lydia Vasilievna fut tonsurée moniale par sa bénédiction sous le nom d'Augusta, et ensuite elle reçut le grand schème.

Le 16 Décembre 1937, Lydia Vasilievna fut arrêtée pour l'organisation d'un monastère souterrain, avec l'archimandrite du grand habit Isaaky (Bobrikov), higoumène de l'Ermitage d'Optina.

L'interrogatoire de la moniale vieillissante dura 16 jours et 16 nuits. Au cours de cette période, ils ne lui permirent pas de dormir, ni même de s'asseoir. Quand elle tomba d'épuisement, ils la ramenèrent à la conscience en lui versant de l'eau glacée sur tout le corps. En dépit de la torture, Mère Augusta refusa de donner des témoignages sur l'activité du monastère, ou de donner les noms des moniales. Elle répondit fermement, "Je refuse de répondre à cette question qui m'est posée."

Elle était prête à payer de sa vie pour sa foi et ses convictions, et le Seigneur lui accorda la couronne de martyre.

Le 8 janvier est un jour, où, semble-il,  toute la nature est dans la paix et l'harmonie, pour la célébration de la Nativité du Sauveur du monde. En ce jour de grand gel en 1938, ils amenèrent la moniale du grand schème Augusta, avec d'autres moniales et d'autres prêtres, à 250 km de là, par la route de Simféropol dans une forêt hivernale, près de Toula, où ils les fusillèrent et les jetèrent dans une fosse commune.

Mais ce n'était pas la fin, mais le début du voyage vers l'immortalité.


Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après


[1] plemkhoz - plemennoye khoz'aistvo - une ferme d'élevage. Sovkhoze-sovmestnoe khoz'aistvo: une ferme d'État. Toutes deux, bien sûr, imposées par les soviets.

[2] Glavmuzei: Le Haut Comité des affaires du Musée et dela préservation des monuments d'art, de l'Antiquité et de la Nature, sous le Commissariat national de l'éducation de l'URSS.

Sur Saint Materne

Podcast

Podcast audio “Orthodoxie” sur France-Culture: “Saint Païssos du Mont Athos” avec Jean-Claude Larchet

Podcast audio “Orthodoxie” sur France-Culture: “Saint Païssos du Mont Athos” avec Jean-Claude Larchet

L’émission de radio “Orthodoxie”, sur France-Culture, du dimanche 22 février avait pour thème: “Saint Païssios du Mont-Athos”.
Elle portait sur la vie, les œuvres et l’enseignement de ce père spirituel de grande renommée dans le monde orthodoxe, qui a été inscrit le 13 janvier 2015 par le Patriarcat œcuménique au calendrier de l’Église et est désormais vénéré comme un saint.
L’invité d’Alexis Chryssostalis était Jean-Claude Larchet, qui a connu saint Païssios et qui est l’éditeur et l’auteur de l’introduction du livre du hiéromoine Isaac, L’Ancien Païssios de la Sainte Montagne, traduit du grec par Yvan Koenig et publié dans la collection “Grands spirituels orthodoxes du XXe siècle” aux éditions l’Âge d’Homme.
L’émission peut être réécoutée sur cette page du site de France-Culture où se trouvent également les précédentes émissions en podcasts.
Une présentation de l’émission, ainsi qu’une bibliographie figure sur cette page du site de France-Culture.
Source: orthodoxie.com

lundi 23 février 2015

En mémoire du hiéromartyr Méthode [Krasnopérov]


“Put the Priest on a Pitchfork!” In Memory of the Hieromartyr Methodius (Krasnoperov)


En 1921, les paysans se sont rebellés contre le gouvernement soviétique en Sibérie occidentale. La grandeur de l'insurrection était considérable. Les adversaires des bolcheviks réussirent à saisir les villes de Petropavlovsk, Ichim et Tobolsk, et de former le gouvernement nord-sibérien.

La suppression de la rébellion fut accompagnée par une cruauté jusqu'à présent sans précédent de la part des bolcheviks. Les forces punitives rouges fusillèrent des centaines de résidents des villages et des villes saisis au hasard et firent brûler ces lieux jusqu'au sol.

En Février 1921, les bolcheviks reprirent le pouvoir à Petropavlovsk par «le feu et l'épée." La population locale accueillit le régime soviétique sans enthousiasme.

Un conflit entre les paysans et l'Armée rouge eut lieu sur la place en face de l'église Saint-Nicolas à Petropavlovsk le 4 Février (ancien calendrier), où ce jour-là se tenait un office pontifical. Le sang fut versé. À la fin de l'office d'intercession, l'évêque Méthode de Petropavlovsk alla lui-même sur la place. L'évêque appela à la paix, et essaya de calmer ceux qui se battaient.

A ce moment, quelqu'un dans la foule a crié: "Mettez le prêtre sur une fourche!" - Après que l'évêque Méthode ait été poignardé à la baïonnette par des soldats de l'Armée rouge. Puis ils ont mis une croix dans une de ses blessures alors qu'il était déjà mort (ou, selon une autre source, alors qu'il était encore en vie).

Icon of Bishop Methodius (Krasnoperov) – sttatiana-omsk.ru

Icône de l'évêque Méthode (Krasnoperov) - 
sttatiana-omsk.ru
Le Fils d'un lecteur

Venant d'une famille appartenant au clergé, fils de lecteur, il naquit dans le village de Vyatskoe, au district de Sarapoul, dans la province de Vyatka. Il fut baptisé sous le nom de Michel. Michel connut des difficultés dans son enfance: la famille Krasnoperov vivait dans une pauvreté extrême. Son père, croyant ferme, lui apprit à ne pas se plaindre et de voir la Providence de Dieu dans tout ce qui se passait autour de lui.

Dans ces années, la plupart des enfants de familles nombreuses du clergé allaient étudier dans les écoles théologiques - comme l'a fait Michel. Il fut diplômé de l'école théologique du district de Sarapoul puis du séminaire de Viatka. En 1891, il fut ordonné prêtre à l'âge de vingt-trois ans et envoyé servir dans l'église du village: l'église de Saint-Tikhon-et de la Mère de Dieu au village de Pazdera dans le district de Sarapoul. Plus tard, il s'nstalle à Sarapoul, où il servit dans la cathédrale de l'Ascension, et enseigna le catéchisme à l'école de l'église de la paroisse locale.

Bishop Methodius (Krasnoperov) – omsk-eparhiya.ru

Evêque Méthode (Krasnoperov) 
omsk-eparhiya.ru

1898 apporta le malheur au Père Michel: il devint veuf. Après la mort de son épouse, il décida de pleinement consacrer ses années restantes au service de l'Eglise. Il s'inscrivit à l'Académie théologique de Kazan, afin d'améliorer ses connaissances théologiques. A cette époque, l'archevêque Anthony (Khrapovitsky) était recteur de l'Académie; il était considéré comme un célèbre "preneur d'âmes pour le monachisme." La connaissance avec un tel "abba" extraordinaire, ainsi que l'incroyable charisme de Vladyka Antoine, jouèrent leur rôle: Père Michel fut tonsuré et devint le hiéromoine Méthode en 1900, après deux ans.

Diplômé de l'Académie, le hiéromoine Méthode travailla dans les écoles théologiques. Il servit comme inspecteur assistant et doyen des étudiants... En 1906, il fut élevé au rang d'archimandrite et affecté comme recteur du Séminaire Théologique d'Oufa. En 1913, sa consécration épiscopale eut lieu. Le nouveau hiérarque fut affecté à Omsk comme évêque de la région Akmola, vicaire du diocèse Omsk. (En 1914, sa cathèdre fut transférée à Petropavlovsk, après quoi il fut connu comme évêque de Petropavlovsk).

Un hiérarque "rétrograde"

Monseigneur Méthode se détachait clairement par rapport aux membres de  l'épiscopat de Russie pré-révolutionnaire avec ses discours dérangeants et sa préoccupation particulière pour la condition de la foi en Russie. Il n'avait pas le moins du monde part au triomphalisme, au chauvinisme, et à l'auto-complaisance qui étaient typiques de la hiérarchie au cours de la période qui suivit la défaite de la première révolution russe. Il prévoyait la catastrophe révolutionnaire de 1917, bien avant la société russe n'ait entendu parler du Parti bolchevik.

Par exemple, à l'ouverture de la nouvelle année académique 1908-1909 au Séminaire d'Oufa, il prononça un discours acerbe pour les futurs membres du clergé, qui aujourd'hui serait considéré comme "politiquement incorrect." Il dit, entre autres choses :

"La franc-maçonnerie, avec le sectarisme - cette terrible puissance hostile envers Dieu - se propage rapidement dans le monde chrétien; dans une multitude de publications, elle promet franchement et cyniquement de "disperser au vent les cendres du christianisme moderne" dans un court laps de temps et de célébrer la triste fête de ses funérailles. Le rationalisme et le matérialisme religieux se battent contre l'Église du Christ avec non moins de succès. Les écrits du blasphémateur Renan ou Das Kapital [ Le Capital] de Marx sont lus à la place de l'Evangile du Christ. Ils prêchent le début du "royaume céleste et spirituel de la vie éternelle" sur la terre avec fanatisme et confiance. Beaucoup sont séduits par le judaïsme, l'islam, et même le paganisme. S'écartant de l'Orthodoxie, des milliers d'âmes restent sans religion. Ayant rejeté l'Evangile du Christ comme un livre d'idéaux irréalisables, les enseignants modernes, qui se disent chrétiens, essaient d'éliminer l'influence de l'Evangile de la vie pratique et de libérer les gens de toute responsabilité morale pour leur comportement personnel. Selon la morale anti-chrétienne moderne, tout acte,  même du prédateur le plus sanguinaire peut être considéré comme moral d'un certain point de vue…"

Comme on le sait, un nombre énorme de membres du clergé et de séminaristes à travers la Russie ont déclaré être des gens de croyances socialistes pendant les années de la Révolution de 1905 à 1907. Beaucoup sympathisèrent avec les idées révolutionnaires et croyaient qu'elles étaient un prolongement naturel des commandements évangéliques. Vladyka Méthode, qui n'avait pas peur de paraître "rétrograde", rejeta sans équivoque toute sorte de points communs que ce soit entre le christianisme et le communisme:

"Les fondations anti-chrétiennes de la vie déguisée sous les noms spécieux et trompeurs de nouvelle foi, de recherche de Dieu, le socialisme, le communisme, et autres - aspirent à obscurcir et à déformer au-delà de toute reconnaissance les purs idéaux chrétiens et la lumière de la vérité évangélique du Christ…"

Icon of Hieromartyr Methodius (Krasnoperov) – fond.ru

Icône du Hiéromartyr Méthode (Krasnoperov)
 fond.ru

Les paroles de Vladyka Méthode adressées aux adhérents du christianisme soi-disant "rose" ou "libéral" restent parfaitement d'actualité:

"Lorsque nous tolérons le mal qui nous entoure, nous imaginons que nous accomplissons la loi du Christ; si nous ne luttons pas contre le mal, à cause de notre mauvaise compréhension de la liberté de conscience, nous y devenons habitués à un point tel que nous commençons à le considérer comme quelque chose de normal, devenant indifférent au bien. [...] Souvent, nous montrons une sorte d'humanité excessive envers les autres dans la vie sociale: nous sommes généreux jusqu'à la bassesse, indulgents jusqu'à la dépravation, prêts à rester silencieux devant l'incrédulité ou même le blasphème, et considérons le fait de toucher à la conscience des défunts comme criminel; nous récompensons les lutteurs pour la vérité et la piété avec mépris et appelons leur saint zèle fanatisme et psychopathie…" (extrait d'un sermon à la cathédrale de l'Eglise d'Oufa le 22 Mars, 1909).

Il convient de noter que l'évêque Méthode n'a pas seulement prononcé des discours forts, mais il n'avait pas peur "d'aller au peuple." Comme le juste saint Jean de Cronstadt, il devint missionnaire  de "la pègre" de la ville. Avec les séminaristes, il commença à avoir des discussions régulières au centre des sans-abri de la ville, il célébra des offices d'intercession et de Vêpres, distribua des livres et des brochures sur la foi et l'Église à ceux qui savaient lire et écrire, et répondait à leurs questions.

Vladyka fit beaucoup d'efforts dans la lutte contre l'alcoolisme, aidant la société diocésaine de Sobriété, et aspirant à distribuer partout des brochures contre l'alcoolisme. Au cours de son ministère, le nombre de personnes qui voulaient rejoindre la Confrérie de Sobriété augmenta fortement, atteignant un nombre de plus de 400 personnes.

 Icon of the New Martyrs of the Akmola Region; St. Methodius (Krasnoperov) is in the middle – fond.ru

Icône des Nouveaux Martyrs de la Région Akmola;
 Saint Méthode (Krasnoperov) est au milieu
fond.ru

Réalités

L'assassinat du hiéromartyr Méthode n'a pas été commis en secret, "au milieu de la nuit", mais en plein jour, sur la place du village en présence de nombreuses personnes. Lorsque les soldats de l'Armée Rouge ont poignardé avec des baïonnettes l'évêque Méthode sans défense, personne n'est intervenu. Du moins, il n'y a pas de mention que quiconque parmi les personnes présentes ait tenté de le sauver.

Apparemment, personne non plus n'a cru bon d'enterrer Vladyka d'une manière chrétienne à Petropavlovsk. Le lieu de sépulture de l'évêque Méthode reste inconnu. On croit qu'il a été enseveli par les bolcheviks dans une fosse commune.

En 2000, l'évêque Méthode (Krasnoperov) a été mis aux rangs des nouveaux martyrs et confesseurs de Russie.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

Jean-Claude LARCHET: Recension/Hiéromoine Grégoire du Mont Athos, « La divine liturgie de saint Jean Chrysostome »



Hiéromoine Grégoire du Mont Athos, La divine liturgie de saint Jean Chrysostome, Traduit du grec par Bernard Le Caro, Éditions des Syrtes, Genève, 2015, 304 p.
Ce livre, dès sa première publication Grèce il y a plus de quarante ans, a été considéré comme un ouvrage de référence. Il a été amélioré au cours de ses éditions successives, et il est heureux que nous en disposions maintenant en français grâce à l’excellent travail de Bernard Le Caro, bien connu notamment comme traducteur de textes liturgiques.
Son auteur, le hiéromoine Grégoire (Chatziemmanouil) est né à Mytilène en 1936. Après des études de théologie à l’université d’Athènes, il s’est spécialisé en patristique à l’université de Strasbourg. Devenu moine et ordonné prêtre à Mytilène en 1966, il est allé s’installer la même année à la skite d’Iviron au Mont-Athos. En 1968, il aide son ami l’archimandrite Basile, avec le soutien de leur père spirituel saint Païssios, à restaurer la vie cénobitique au monastère athonite de Stavronikita, et à faire de ce monastère un centre spirituel qui attire très rapidement de nombreux intellectuels orthodoxes de Grèce et de toute l’Europe. Depuis 1980, il vit avec sa petite communauté monastique dans le kellion Saint-Jean-le-Théologien du monastère athonite de Koutloumoussiou.
Le projet du père Grégoire est de commenter ici la liturgie de saint Jean Chrysostome, la plus souvent célébrée parmi les quatre (si l’on compte la liturgie de saint Jacques) qui sont en usage dans l’Église orthodoxe.
Il le fait à la lumière de quelques considérations historiques – sur la construction de la liturgie, l’origine des textes utilisés, et les parties qui se sont ajoutées au cours des siècles –, mais aussi et surtout de ce qu’en ont dit les Pères de l’Église. Saint Jean Chrysostome qui est pour une part importante l’auteur de cette liturgie est très souvent cité. Mais parce qu’elle a des racines anciennes, des Pères antérieurs comme saint Cyrille de Jérusalem sont invoqués. Et parce qu’elle a continué à être développée et commentée dans les siècles suivants, l’auteur fait appel à saint Maxime le Confesseur, saint Germain de Constantinople, saint Grégoire Palamas, saint Nicolas Cabasilas, saint Syméon de Thessalonique, saint Nicodème l’Hagiorite et jusqu’à des moines athonites contemporains. Il voit dans leurs commentaires moins des réflexions abstraites de liturgistes que des expressions de leur propre expérience liturgique, qui n’est rien d’autre, fait-il remarquer, qu’une expérience de la présence du Christ.
Il le fait aussi à la lumière de sa propre expérience de célébrant et des réflexions qu’il a par ailleurs développées, puisqu’il est l’auteur d’une vingtaine d’autres livres sur des thèmes liturgiques.
L’ouvrage n’est pas – et ne se veut pas – exhaustif : il se centre sur le texte et l’usage grecs athonites (qui présentent quelques variantes avec le texte et l’usage russe), et n’entre pas dans tous les détails du texte ni des rites. Suivant le déroulement chronologique de la liturgie, il découpe le texte de celle-ci en des citations encadrées qui donnent lieu ensuite à des petits chapitres thématiques qui en sont non seulement des commentaires, mais des méditations allant bien au-delà,  pour montrer les présupposés ou les implications théologiques et spirituelles des différents contenus.
Le but est d’amener le lecteur à une meilleure intelligence de la liturgie – comme le souhaitait saint Jean Chrysostome dont cette affirmation est mise en exergue : « Il est nécessaire de comprendre le miracle des Mystères ; ce qu’il est, pourquoi il a été donné, et quelle est son utilité » –, et par là à une plus profonde participation à celle-ci. Dans son introduction, l’auteur résume ainsi l’esprit de son approche : « Puisque la divine liturgie est le Christ avec nous, tout commentaire à son sujet est en fait une homélie sur le Christ. »