"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

samedi 22 novembre 2014

Theodore Rokas: Le signe de la Croix dans l'Ancien Testament

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Dans sa première Epître aux Corinthiens, saint Paul mentionne que les "Judéens cherchent un signe" (I Corinthiens 1:22), qu'ils voulaient un signe surnaturel, comme la résurrection des morts, la guérison des possédés, et ainsi de suite, qui leur permettrait de croire en l'enseignement concernant la Croix. Alors ils cherchaient un signe surnaturel, ignorant et négligeant les signes et les prodiges que Dieu avait déjà montrés dans le passé, à chaque fois qu'ils étaient en danger. 

Bien sûr, le signe qu'ils cherchaient aurait difficilement pu être autre que celui de la Croix, qui, d'une part, a été préfiguré dans l'Ancien Testament et, d'autre part, était présent en permanence et avait sauvé le peuple du Christ de la destruction et de l'anéantissement.

Dans l'Ancien Testament, la Croix est préfigurée de nombreuses fois, mais nous citerons ici six cas qui sont particulièrement pertinents.

L'exemple peut-être le plus important du signe de la Croix dans l'histoire du peuple juif, est celui fait par Moïse avec son bâton quand il se sépara les eaux de la mer Rouge, sur l'ordre de Dieu, de sorte que les Israélites, qui étaient poursuivis par les Egyptiens, puissent traverser à pied sec et être sauvés, avant que Moïse ne fasse retourner les eaux à leur état d'origine. (Exode 14:1-31). En raison de cet événement, à la fête de l'Exaltation de la Croix vénérable, l'Eglise orthodoxe déclare: "Avec son bâton, Moïse inscrivit la Croix directement sur la mer Rouge et la sépara en deux pour qu'Israël [la franchisse] à pied sec (Irmos de la première ode du Canon des Matines).

Quand les Israélites arrivèrent à Refidim, Moïse fit deux fois le signe de la Croix. Le premier fut quand il frappa le rocher pour permettre à l'eau d'en couler et d'étancher la soif du peuple, et la seconde quand il leva ses bras et son bâton vers les cieux pour renforcer les Israélites, qui faisaient la guerre contre les Amalécites (Exode 17:1-16). Selon saint Grégoire Palamas, (Patrologie Grecque 133-6), ce fut le signe de la Croix qui renforça les guerriers d'Israël et les encouragea, tandis que, selon Théodoret Kyrou (Patrologie Grecque 80, 260-1), c'était non seulement le signe de la Croix qui était préfiguré, mais aussi le Seigneur crucifié.

Moïse préfigura ce signe sacré une fois de plus, quand il conduisit le peuple d'Israël dans le pays d'Edom. 

Là, [les israélites] perdirent leur courage et leur foi en Dieu, avec pour résultat que Dieu envoya des serpents venimeux et mortels pour les mordre, de sorte que beaucoup d'entre eux moururent. Quand ils se repentirent, le Seigneur ordonna à Moïse de faire un serpent de cuivre et de l'élever sur un poteau de sorte que tous ceux qui avaient été mordus et le regardaient, seraient immédiatement guéris (Nombres 21:4-9). 

Même si le texte biblique ne donne pas une description détaillée de la manière dont l'élévation du serpent de cuivre fut réalisée, saint Grégoire en donne une image très claire, relatant que Moïse a élevé le serpent dans une position horizontale contre un poteau vertical, de sorte qu'il a formé les bras d'une Croix (Patrologie Grecque 133-6). Par ailleurs, dans le récit dans l'Evangile de saint Jean, le Christ Lui-même est présenté comme prédisant la manière de Sa mort, qu'Il assimile à l'élévation du serpent de cuivre dans le désert: "Comme Moïse a élevé le serpent dans le désert, il faut que le Fils de l'homme soit élevé:(3:14).

Dans l'Ancien Testament, le signe de la Croix a également sauvé le prophète Daniel et les trois "enfants" [id est jeunes gens dans la fournaise] de l'extermination. Avec Daniel, les trois jeunes gens, Ananias, Missaël et Azarias [Schadrac, Méschac et Abed-Nago sont simplement les noms chaldéens qui leur ont été attribués, peut-être par le responsable en chef Aschpenaz] ont été actifs à Babylone à l'époque de l'exil et de la captivité des Juifs. Quand ils ont été placés dans la fournaise ardente, ils ont été sauvés grâce à l'intervention miraculeuse de Dieu (Daniel 3:23), tout comme Daniel lui-même a été sauvé quand il a été jeté dans la fosse aux lions (Daniel 16:23).

Bien sûr, dans ces cas, le texte biblique ne présente pas une image de la survie des trois jeunes gens, mais ceci est donné par saint André de Crète, qui précise qu'eux, et par la suite le prophète Daniel, furent sauvés parce qu'ils formaient l'image de la Croix avec leurs bras, les élevant vers le ciel (Patrologie Grecque 97, 1040-1). L'hymnologie de l'Eglise conserve la même tradition: le dimanche de la vénération de la Croix, nous chantons: "Ayant été jeté une fois dans la fosse aux lions, le grand prophète Daniel étendit les bras en forme de Croix et il lui fut épargné d'être dévoré par eux." (Ode 8 du canon des Matines de la Vénération de la Croix)

C'est non seulement la Croix du Christ qui est préfigurée dans l'Ancien Testament, mais d'autres événements, aussi, comme la Nativité, la Passion et la Résurrection. Mais la Croix du Christ est le moyen par lequel le Christ a vaincu l'Ennemi primitif et par lequel Il fut glorifié. Il a vaincu la mort et, par la résurrection, Il a amené les gens dans une nouvelle condition de vie, libérée des liens de la mort et de la décomposition.

Même si la Croix est un symbole de mort et de damnation dans l'ère avant Jésus-Christ, (parce que, selon les dispositions du Deutéronome, toute personne mourant sur l'arbre [le poteau, id est la Croix] était considérée comme maudite. (21:23), une fois que le Christ a été crucifié, elle est devenu symbole de victoire sur la mort, de gloire et de majesté. 

La Croix a perdu les attributs de dégradation, de misère, d'opprobre et d'humiliation, et elle est devenue une expression de sainteté, de bénédiction, d'honneur, de gloire et de magnificence.

Mais comment ce changement radical, ce miracle, cette transformation se produisent-ils? Naturellement, par l'incarnation du Fils et Verbe de Dieu, quand "le Verbe s'est fait chair" (Jean. 1:14) et par Sa crucifixion, par laquelle Il "est mort pour nous" (Romains 5:8), "et ayant paru comme un simple homme, il S'est humilié Lui-même, se rendant obéissant jusques à la mort, même jusqu'à la mort de la Croix."(Philippiens 2, 8), nous rachetant " de la malédiction de la loi, étant devenu malédiction pour nous..."(Galates 3:13)

La crucifixion et de la résurrection du Christ ont ouvert la voie au Paradis, et ont effacé l'épée de feu qui barrait le chemin de l'Arbre de Vie (Genèse 3:24). 

Si nous regardons l'hymnographie de la fête de la Vénération de la Croix, nous observons l'éloge qui lui est prodigué. Elle est appelée: gardienne de la porte du Paradis,  signe de victoire des rois, fierté des prêtres, soutien des fidèles, gardienne du monde, gloire et fierté de l'Église, fierté insigne des chrétiens, enseignement particulier des apôtres, diadème des martyrs et parure inestimable des prophètes (Vêpres du dimanche de la vénération de la Croix [Troisième dimanche du Grand Carême]).


Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

La visite du Christ. Film orthodoxe.


vendredi 21 novembre 2014

Découverte du lieu de sépulture de l'archidiacre et protomartyr Etienne



Ramallah, le 13 Novembre, 2014

Lors de fouilles près de la ville palestinienne de Ramallah, des archéologues ont découvert l'une des plus grandes reliques chrétiennes - le lieu de sépulture du saint archidiacre Etienne, premier martyr du Christ, rapporte le portail de nouvelles Linga.
  
Les fouilles des ruines au village de Taiar, qui se trouve à deux kilomètres à l'ouest de Ramallah, réalisée par les chercheurs palestiniens et israéliens ont donné des résultats inattendus. Dans le cadre d'un projet par l'Université de Jérusalem pour la découverte et la restauration d'antiquités, un groupe d'archéologues dirigé par le Docteur Salah Al Hudeliyya a découvert les ruines d'un complexe d'église entier qui comprend un temple de l'époque byzantine et de celle des Omeyyades ainsi qu'un monastère byzantin.

Selon une déclaration de M. Al Hudeliyya, cette découverte est d'une grande valeur pour les chrétiens du monde entier.



    
"À l'intérieur de ces églises nous sommes tombés sur une inscription qui indique que cette église avait été construite en l'honneur du saint apôtre, archidiacre et Protomartyr Etienne, enterré ici en l'an 35 de Notre Seigneur," a rapporté l'historien.



Le chercheur a assuré les autorités locales et l'Eglise, dont les représentants ont récemment visité les ruines nouvellement découvertes, que l'université, comme auparavant, mettra toutes ses ressources et toute son énergie dans la mise en œuvre du projet en cours.

"Il reste cinq ans, puis les recherches nécessaires seront achevées et ce monument sera prêt; il  deviendra sûrement un lieu de pèlerinage pour les croyants  du monde entier. Les touristes pourront ainsi profiter de l'occasion, parce que ce site est un exemple vivant de la continuité des cultures de la région Moyen-Orient: ici sur le même site, nous pouvons voir l'héritage de l'antiquité, du début et de la fin du Moyen Age, des cultures hellénistique, byzantine , et islamique, " a dit l'archéologue en conclusion.

Un quart des ruines du village de Taiar appartient à l'Église de Jérusalem, qui estime l'expert, fera de ce lieu un endroit approprié pour les pèlerins.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

Saint Paul révèle le sens de ses Epîtres à saint Jean Chrysostome

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Icône contemporaine du saint Monastère de Vatopaidi au Mont Athos

jeudi 20 novembre 2014

L'islam déloge activement le christianisme au Royaume Uni

Mosaïque du
Christ de Sainte Sophie 
de Constantinople

*

L'islam dépasse rapidement le christianisme au Royaume-Uni, rapporte Sedmitza.ru. Alors que les Eglises chrétiennes au Royaume-Uni sont en train de perdre rapidement des paroissiens, la communauté musulmane se développe à une vitesse sans précédent. Et si la société voit parfois une menace dans l'islam, les musulmans britanniques prétendent néanmoins jouer un rôle actif dans la vie du pays.

L'analyse des résultats du recensement de la population a montré que l'islam peut devenir la religion dominante dans le pays au plus tard dans dix ans. Au cours de la dernière décennie, le nombre de musulmans britanniques a doublé, et le prénom "Mohammed" est devenu le prénom le plus populaire de Londres.

L'âge moyen d'un musulman britannique est d'environ 26 ans. La population musulmane au Royaume-Uni est extrêmement jeune; elle est plein d'énergie, de vie et de dynamisme. La Grande-Bretagne est innovatrice dans de nombreux domaines. Elle deviendra le premier pays non-musulman à introduire des obligations financières, disponibles à l'achat par des investisseurs musulmans.

La société de Droit anglais a récemment publié un manuel pour la rédaction de testaments selon les lois de la charia car il y a une grande demande pour de tels documents. 

Une nouvelle analyse du dernier recensement, effectué par l'Office National de Statistique (ONS), a montré que l'Église d'Angleterre est en train de perdre son importance plus rapidement qu'elle était censée le faire plus tôt. L'augmentation de l'âge moyen des paroissiens indique que la religion officielle de la Grande-Bretagne a perdu plus de quatre millions de ses adeptes depuis 2001.

"La baisse que les églises de Grande-Bretagne ont connu depuis longtemps, a maintenant apparemment atteint son point critique. 95% des gens ne vont pas à l'église le dimanche. Les offices chrétiens sont fréquentés par une minorité de la population", commente Andrew Copson,  directeur général de la British Humanist Association. 

Ces chiffres ont incité le Premier ministre britannique David Cameron à tenter de soutenir les principes de base de l'institution de l'Église d'Angleterre. Il a appelé les chrétiens à être plus ardents à prêcher leur foi et a fait remarquer "le pouvoir de guérison de l'Eglise". 

Il est de tradition dans les communautés chrétiennes à travers la Grande-Bretagne de représenter une "Pièce de théâtre de la Passion" le Grand Vendredi [Vendredi Saint] avant Pâques.

La souffrance (Passion) et la mort du Christ dans la crucifixion sont glorifiés dans cette pièce. L'un de ces spectacles a eu lieu sur Trafalgar Square à Londres cette année, mais à Oxford la performance a été annulée: le fonctionnaire chargé de l'examen des demandes pensait que la "Pièce de la Passion" était un spectacle érotique.

Cela prouve encore une fois que même les personnes investies de pouvoir ne sont pas toujours au courant de ce que les chrétiens du monde entier célèbrent en fait.

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

Chant orthodoxe en français. Sur les bords des fleuves de Babylone


mercredi 19 novembre 2014

Les saints Pères & La Charité



Celui qui possède 
un surplus de biens,
possède les biens
de quelqu'un d'autre.

Saint Augustin d'Hippone


St Jean Chrysostome

Si un homme veut donner 
des vases sacrés 
ou tout autre objet à l'Eglise,
dites-lui de donner plutôt 
l'argent aux pauvres. 
Personne ne fut jamais condamné
pour n'avoir pas décoré une église.

Saint Jean Chrysostome

Le pain dans ta huche
appartient à ceux qui ont faim;
Le vêtement dans ton armoire
appartient à ceux qui sont nus;
les chaussures que tu ne mets pas
Appartiennent à ceux qui sont pieds nus;
l'argent dans ton coffre
appartient aux pauvres.

Saint Basile le Grand

Version française Claude Lopez-Ginisty

Prière de Jésus. Chant orthodoxe.

mardi 18 novembre 2014

Sagesse de Jésus de Sirach


Considérez les générations passées 

et voyez : 


Celui qui a mis sa confiance 

dans le Seigneur, 

a-t-il été déçu ? 


Celui qui a persévéré 

dans la crainte du Seigneur, 

a-t-il été abandonné ? 


Celui qui l’a invoqué, 

a-t-il été méprisé ?


*

Sagesse de Sirach, 

(2:10)

Vous êtes trois, nous sommes trois ! Film orthodoxe

lundi 17 novembre 2014

Roman Savtchouk: Tabitha la Juste: une vie pour Dieu!


Righteous Tabitha

La femme vertueuse et miséricordieuse de la communauté chrétienne de Jaffa, la Juste Tabitha, cousait des vêtements et gagnait son propre pain avec son ouvrage. Elle faisait aussi "l'aumône": elle cousait des vêtements pour les pauvres orphelins et les veuves. Voilà tout ce que nous savons de la vie de la sainte. Il semble que ces détails subtils de la vie historique de Tabitha, nous furent intentionnellement laissés par la main de la Providence de Dieu... Juste quelques lignes des Actes des Apôtres (Actes 9: 36-42), mais celles-ci furent suffisantes pour que l'Eglise glorifie la sainte comme une "véritable disciple [du Christ] et un agneau sans tache." 

Il suffit de savoir que quand elle est morte, les pleurs des veuves éplorées ont contraint l'apôtre Pierre à entrer dans sa maison, et par la puissance de Dieu de la ramener à la vie, en disant: "Tabitha, lève-toi" (Actes 9:40).

Mais la saint était silencieuse. Elle n'a pas osé prendre sur elle la charge de l'enseignement ou des œuvres apostoliques; elle fit seulement ses aumônes dans une profonde humilité, et celles-ci furent connues seulement de ses proches. Elle servit comme elle savait le faire, de la façon dont Dieu lui avait donné de servir. Elle n'a pas eu le fardeau de la compagnie des gens, n'a pas été triste de son humble travail, mais elle fut simplement reconnaissante. Et ceci est la chose la plus étonnante dans la vie de tout saint -sa capacité incroyable à se taire face aux circonstances les plus désagréables, les situations fortuites les plus gênantes. 

L'humble acceptation de ce qui arrive comme étant ce que cela doit être, et la gratitude pour tout ce que Dieu envoie, est la réponse de ceux qui sont puissants, mais dans un autre monde. Ici, la principale force est de ne pas juger, de ne pas chercher à décider pour Dieu ce qui est le mieux pour nos vies, où nous pouvons retirer le plus d'avantages. Quand il en est question, ce silence donne un sens aux œuvres et aux labeurs de toutes les femmes justes. Et ainsi, nous voyons que les hauteurs de la prédication apostolique, le courage des martyrs, la force des ascètes du désert- sont tous absolument accessibles à tout chrétien par la force de la patience et du silence, par la force qui consiste à accepter Dieu comme Maître de nos vies.

Là, nous trouvons un modèle incroyable de vie spirituelle. Apparemment, à la fin des temps, certains parleront assurément de leurs grandes actions effectuées au "Nom du Christ", demandant au Créateur, "Seigneur, Seigneur, n'avons-nous pas prophétisé en Ton Nom? Et en Ton Nom chassé les démons? Et en Ton Nom fait beaucoup de miracles?" Mais ils entendront  la réponse: "Je ne vous connais pas: éloignez-vous de Moi, vous qui commettez l'iniquité" (Mt 7: 22-23). 

D'autres, au contraire, se tiendront dans la honte de leur vie insignifiante, attendant silencieusement la sentence du Créateur. Et la réponse de Dieu à leur silence sera étonnante: "Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde" (Mt 25:34).

Dans la vie de la Juste Tabitha, la grandeur du podvig [labeur/exploit ascétique] de vie chrétienne pour Dieu, se manifeste avec une clarté particulière. "Réjouis-toi, ô Tabitha, vase empli de grâce!" disons-nous quand nous honorons sa mémoire. 

En cela est la loi la plus essentielle de la vie affirmée encore et toujours, la loi selon laquelle, avec Dieu, il n'y a rien de mauvais, rien qui reste inaperçu, rien qui ne serve à rien, mais tout ce qui est reçu de Lui avec simplicité de cœur et humilité est digne de la plus haute vocation: la vocation de devenir participant à l'éternité, comme fils du Très-Haut! 

D'autre part, peu importe combien un acte pourrait être apparemment bon et vertueux, peu importe la façon dont la société pourrait glorifier un acte héroïque ou un autre, ou telle autorité héroïque, ou bien telle autre: sans Dieu, cela ne vaut absolument rien, parce que, pour l'éternité, cela reste futile!

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après


Qui es-tu ? Chant orthodoxe.


dimanche 16 novembre 2014

Mgr Hilarion (Alfeyev) Primauté et synodalité d’un point de vue orthodoxe


The Most Reverend Metropolitan Hilarion (Alfeyev) of Volokolamsk.

Mgr Hilarion (Alfeyev)


Discours du métropolite de Volokolamsk Hilarion (Alfeyev), prononcée le 8 novembre au Séminaire théologique Saint-Vladimir de New York

Votre Béatitude,
Vos Éminences et Excellences,
Chers pères, frères et sœurs,
Chers invités,

En premier lieu, je voudrais exprimer ma profonde gratitude au Séminaire théologique Saint-Vladimir pour m’avoir accordé le titre de docteur honoris causa en théologie. Cela a été un grand privilège pour moi d’être un ami du Séminaire pendant de nombreuses années, d’avoir connu ses doyens et chanceliers, à commencer par le père Jean Meyendorff de bienheureuse mémoire, d’avoir fait éditer mes livres par « Seminary Press » et d’avoir participé au Conseil d’administration du Séminaire. À une époque où les relations entre la Russie et l’Amérique sont à nouveau tendues, je pense qu’il est particulièrement important de développer des relations fortes entre l’Église orthodoxe russe et l’Orthodoxie américaine. Je crois que le Séminaire Saint-Vladimir avec son large rayonnement inter-orthodoxe peut jouer un rôle crucial dans la restauration de la confiance entre différentes parties du globe.
Aujourd’hui, je souhaiterais parler de la question de la synodalité et de la primauté. Ce sujet a revêtu une importance particulière durant les années récentes en raison des travaux de la Commission mixte internationale pour le dialogue théologique entre l’Église catholique-romaine et l’Église orthodoxe. Cette question est également pertinente pour ce qui est des relations inter-orthodoxes, particulièrement dans le contexte des préparatifs du « Grand et saint concile » de l’Église orthodoxe. Plus particulièrement, cela est approprié en raison de la façon dont la primauté est exercée actuellement dans l’Église orthodoxe à un niveau universel, ce qui fait que les hiérarques et les théologiens de l’Église orthodoxe en Amérique (OCA) ne participent ni au dialogue entre catholiques et orthodoxes, ni aux préparatifs du Concile panorthodoxe.
Permettez-moi de commencer en clarifiant la signification des différents termes. Le terme « synodalité », ou « conciliarité », est la traduction du mot russe « sobornost’ », qui est lui-même un néologisme créé par les slavophiles du XIVème siècle, tels que Kireïevsky et Khomiakov, afin de désigner la communion de tous les fidèles du monde entier dans le sein de l’Église une. Cette communion incluait à la fois les vivants et les morts. Selon Kireïevsky, « la totalité de tous les chrétiens de toutes les époques, passées et présentes, constitue une assemblée une, indivisible, éternelle et vivante des fidèles, maintenue ensemble précisément tant par l’unité de conscience que par la communion de prières ».
Dans un sens plus étroit, le terme de synodalité, ou conciliarité, venant du mot « concile » (synodos en grec, concilium en latin), désigne « une assemblée d’évêques qui exercent une responsabilité particulière ». C’est ainsi que la déclaration controversée de Ravenne de la Commission mixte de dialogue entre catholiques et orthodoxes interprète le terme. Le document déclare que « cette dimension conciliaire de la vie de l’Église appartient à sa nature la plus profonde» et qu’elle « doit être présente aux trois niveaux - local, régional et universel - de la communion ecclésiale : au niveau local du diocèse confié à l'évêque ; au niveau régional d’un ensemble d’Églises locales avec leurs évêques qui « reconnaissent celui qui est le premier entre eux » (Canon apostolique 34) ; et au niveau universel, où ceux qui sont les premiers (protoi) dans les diverses régions, avec tous les évêques, collaborent pour ce qui concerne la totalité de l’Église. À ce niveau également, les protoi doivent reconnaître celui qui, parmi eux, est le premier ».
Le terme de primauté dans ce contexte désigne le leadership d’une personne, qui a un rang hiérarchique à chacun des trois niveaux susmentionnés. La déclaration de Ravenne déclare que la primauté et la conciliarité sont mutuellement interdépendantes. Selon ce document,  « dans l’histoire de l’Orient et de l’Occident, tout au moins jusqu’au IXe siècle, une série de prérogatives, toujours dans le contexte de la conciliarité et selon les conditions des temps, a été reconnue au protos ou kephale (tête) à chacun des niveaux ecclésiastiques établis : localement, pour l’évêque comme protos de son diocèse par rapport à ses presbytres et à ses fidèles ; régionalement, pour le protos de chaque métropole par rapport aux évêques de sa province, et pour le protos de chacun des cinq patriarcats par rapport aux métropolites de chaque circonscription ; et universellement, pour l’évêque de Rome en tant que protos parmi les patriarches ».
Le document de Ravenne ne fait mention d’aucune différence dans l’ecclésiologie entre Orthodoxes et Catholiques ; il induit ainsi en erreur les lecteurs. Parlant de la manière dont l’Église est organisée administrativement dans les traditions occidentale et orientale, le document ne mentionne nulle part qu’il s’agit de deux modèles très différents d’administration ecclésiale ; l’un, centralisé et basé sur le concept de la juridiction papale universelle ; l’autre, décentralisé et basé sur la notion de communion d’Églises locales autocéphales.
Il y a une tentative, dans le document de Ravenne, de présenter les structures ecclésiales des deux traditions comme quasiment identiques sur les trois niveaux. S’il y a beaucoup de traits similaires pour ce qui concerne le niveau local (diocésain), il y a réellement une différence énorme entre l’Orient et l’Occident pour ce qui concerne la façon dont les structures ecclésiales sont formées au niveau régional et universel. Dans la tradition orthodoxe, au niveau régional, ou plutôt au niveau d’une Église autocéphale, il y a un synode et un primat avec des prérogatives claires. Dans l’Église catholique, il n’y a pas de primauté au niveau régional. Qui, par exemple, est le primat de l’Église catholique en Pologne ? Est-ce le métropolite de Gniezno, qui a un titre honoraire de « primat », mais n’exerce aucune primauté ? Ou bien est-ce le président de la Conférence des évêques, qui change par rotation tous les quatre ans ? Ou encore est-ce l’un des cardinaux doyens ? Réellement, les Conférences épiscopales catholiques qui se sont réunies récemment ne peuvent que très vaguement être comparées aux Synodes des Églises orthodoxes locales.
Il n’y a en fait qu’une seule primauté dans l’Église catholique, celle du pape. Cette primauté est présumée comme instituée jure divino (de droit divin) et comme émanant directement de la primauté de saint Pierre dans le collège des Apôtres. C’est le pape qui confirme les décisions des Conciles, tant régionaux qu’universels, c’est lui qui donne son accord à chaque nomination épiscopale, et qui incarne l’intégralité du pouvoir ecclésial. Aucune primauté de cette sorte n’a jamais existé dans la tradition orthodoxe, il y a seulement chez elle une taxis (un ordre) établie, par laquelle l’un des primats dispose de la première place.
Aucune de ces différences manifestes n’est mentionnée dans le document de Ravenne qui a été adopté en 2007 sans consensus et en l’absence de la délégation de l’Église orthodoxe russe. Le document a ignoré les critiques exprimées au cours du processus de rédaction par les représentants du Patriarcat de Moscou à ce dialogue. Après Ravenne, la Commission mixte pour le dialogue entre catholiques et orthodoxes a continué à examiner la question de la primauté et de la synodalité lors de ses séances plénières à Vienne en 2010 et à Amman en 2014, ainsi qu’au cours de plusieurs réunions des comités de coordination et de rédaction entre 2008 et 2013. Après avoir travaillé sur ce sujet pendant sept ans, la Commission n’est toujours pas parvenue à produire un document satisfaisant pour tous les membres.
La Commission a tenté d’approcher le sujet de la primauté à la fois d’un point de vue historique et théologique. En particulier, une tentative a été faite de placer la question de la primauté dans le contexte de la théologie trinitaire. Il a été avancé que la Sainte Trinité est une image à la fois de la primauté et de la conciliarité, car il y a en Elle la monarchie de Dieu le Père, mais aussi la communion des trois Personnes divines : Père, Fils et Saint-Esprit. Certains théologiens sont allés jusqu’à insister sur une « hiérarchie » parmi les trois Personnes, ayant trouvé un soutien à leur thèse dans les passages de St Basile le Grand qui parle d’une taxis (ordre) dans la Trinité. Ils ont prétendu que cet ordre – ou cette hiérarchie – doit être reflété dans la structure administrative de l’Église aux trois niveaux : local, régional, et universel.
En ce qui concerne le niveau local, une référence à St Ignace d’Antioche a été faite, laquelle confirme en apparence ces idées. C’est le célèbre passage : « Suivez tous l’évêque, comme Jésus-Christ suit son Père, et le presbyterium comme les apôtres ; quant aux diacres, respectez-les comme la loi de Dieu » . Ici, l’évêque diocésain est comparé à Dieu le Père, et les fidèles sont appelés à lui être obéissants de la même façon que Jésus était obéissant à Son Père. L’argument de St Ignace, néanmoins, n’a rien à faire avec le domaine de la spéculation théologique. St Ignace n’a pas non plus tenté de projeter un modèle trinitaire sur l’administration ecclésiale au niveau diocésain (Il n’y a là aucune mention du Saint-Esprit). Il était plutôt préoccupé par la question de l’ordre ecclésial, insistant sur la place centrale de l’évêque dans toute la circonscription d’une Église locale.
La comparaison trinitaire est encore moins convaincante lorsque nous passons du niveau diocésain à ce que le document de Ravenne appelle « le niveau régional » (un groupement des diocèses sous un métropolite ou patriarche). L’interaction entre le métropolite (ou patriarche) et ses collègues dans l’épiscopat est décrit par le 34ème canon apostolique : « Les évêques de chaque province (ethnos) doivent reconnaître celui qui est le premier (protos) parmi eux et le considérer comme leur chef (kephale) ; ne rien faire d’important sans son avis (gnome) et que chaque évêque ne s’occupe que de ce qui regarde son propre diocèse (paroikia) et les campagnes dépendant de son diocèse. Mais que le premier (protos) ne fasse rien sans le consentement de tous ; car la concorde (homonoia) règnera et ainsi sera glorifié le Père, le Fils et le Saint-Esprit ».
Certains prétendent, sur la base de cette glorification trinitaire que la structure administrative de l’Église au niveau régional reflète aussi (ou devrait refléter) la communion entre les Personnes divines de la Trinité. Or, le texte du canon ne permet pas en réalité une telle comparaison : en fait, c’est le «consentement » ou l’harmonie qui règne entre les trois Hypostases de la Trinité qui est cité ici comme un exemple que les évêques, au niveau régional, doivent suivre. Pour ce qui concerne la glorification trinitaire elle-même, elle est semblable à de nombreuses autres glorifications qui concluent les textes canoniques, dogmatiques et liturgiques, et elle n’est certainement pas destinée à tirer une comparaison directe entre les Hypostases de la Sainte Trinité et les rangs de l’ordre ecclésiastique.
Au XVème siècle, le grand réformateur monastique, St Serge de Radonège, a dédié son monastère à la Sainte Trinité, utilisant la communion des trois Hypostases divines comme un modèle d’unité et de concorde pour sa communauté monastique. L’un des disciples de St Serge, St André Roublev, a peint une icône célèbre qui est devenue un exemple classique de l’incarnation iconographique d’une notion morale et théologique importantes. Au contraire de beaucoup d’autres icônes, celle-ci ne se réfère à aucune commémoration liturgique. Elle suit les modèles traditionnels connus depuis la haute antiquité (notamment des mosaïques des Vème-VIème siècles), selon lesquels les trois voyageurs apparus à Abraham symbolisaient la Sainte Trinité. Les voyageurs sont présentés sous la forme d’anges, dont l’un est toujours au milieu.
Dans l’iconographie plus ancienne, l’ange assis au milieu était habituellement identifié à Dieu le Père, tandis que les deux autres personnes sur l’icône étaient interprétées comme les anges qui l’accompagnent. Dans l’icône de Roublev, la figure centrale doit aussi, très probablement, être identifiée avec Dieu le Fils, mais les deux autres figures semblent représenter les deux autres Personnes de la Trinité. Les érudits contemporains diffèrent dans leur interprétation de la figure centrale : certains tendent à l’identifier avec le Père, émettant l’hypothèse que la Première Personne de la Trinité doit occuper la place centrale dans la composition.
Il me semble que c’est à dessein que St André ne nous clarifie pas quelle figure symbolise quelle Personne de la Trinité. Son icône, d’une façon stupéfiante décrit le mystère de la Tri-unité sans entrer dans des détails supplémentaires. C’est la concorde des Personnes de la sainte Trinité qui est représentée dans cette merveilleuse icône, plutôt que la « structure » du Dieu Trinitaire et Un, qui indéniablement n’a ni structure ni subdivision en Lui, étant simple et indivisible.
La synodalité ou conciliarité qui existe dans l’Église et qui a son expression particulière dans l’institution des synodes ou conciles peut vraiment être comparée à l’harmonie et la concorde régnant parmi les Personnes de la Trinité. Mais on ne doit pas aller plus loin que cela en tentant de comparer les structures ecclésiales humaines avec la communion Divine Trinitaire. Il n’est pas non plus approprié d’interpréter les interrelations entre primauté et synodalité dans l’Église en utilisant des analogies Trinitaires et, ce faisant, se référer à la « primauté » du Père en relation avec le Fils et le Saint-Esprit.
Le document de Ravenne mentionne les trois niveaux de l’administration ecclésiale, impliquant en quelque sorte que ce qui est vrai pour un niveau peut être transféré à un autre niveau. Or, cela est fortement discutable. C’était précisément la confusion entre les trois niveaux de l’administration dans le document de Ravenne et une tentative de transférer les arguments propres à un niveau à l’autre, qui a incité la Commission synodale biblique et théologique du Patriarcat de Moscou à entreprendre une étude exhaustive du sujet de la primauté dans l’Église universelle. Suite à cette étude, un document a été produit et adopté par le Saint-Synode de l’Église orthodoxe russe le 26 décembre 2013 .
Au début, le document indique que la primauté à chacun des trois niveaux de l’Église a des sources différentes. La source de la primauté d’un évêque dans son diocèse est la succession apostolique qui est transmise par la consécration épiscopale. La source de la primauté au niveau du groupement régional des diocèses est « l’élection de l’évêque-primat par un Concile (ou un Synode) qui dispose de la plénitude du pouvoir ecclésial ». Au niveau universel, il y a une primauté d’honneur qui est basé sur les diptyques sacrées, c’est-à-dire, l’ordre officiel des Églises établies par les conciles œcuméniques.
Deuxièmement, le document de Moscou indique que, sur les trois niveaux de l’Église, la primauté a une nature différente. La primauté de l’évêque diocésain est basée clairement sur les principes théologiques fondamentaux, tel que celui qui est souligné par St Cyprien : « L’évêque est dans l’Église et l’Église est dans l’évêque ; si quelqu’un n’est pas avec l’évêque, il n’est pas dans l’Église ». La primauté au niveau régional – une question de convenance – est basée sur les canons de l’Église, particulièrement le 34ème canon apostolique susmentionné. En ce qui concerne la « primauté universelle », il n’y a ni canon ni déclaration patristique qui décrirait une telle primauté , autre que les canons qui ont établi une taxis (un ordre) pour les cinq patriarcats les plus importants. Cette taxis implique que l’un serait le premier, mais elle ne donne pas d’indications sur ses prérogatives sur et au-dessus des quatre patriarches restants.
C’est sur la base de ces considérations que le document de Moscou insiste sur le fait que « les fonctions du primat à différents niveaux ne sont pas identiques et ne peuvent passer d’un niveau à l’autre ». Le document explique que « le transfert des fonctions du ministère primatial depuis le niveau épiscopal au niveau universel, signifie en fait la reconnaissance d’un type particulier de ministère, celui d’un « pontife universel », disposant d’une autorité didactique et administrative dans toute l’Église universelle. Une telle reconnaissance, annulant l’égalité sacramentelle de l’épiscopat, mène à l’apparition de la juridiction d’un primat universel, dont ne parlent ni les saints canons, ni la tradition des saints Pères » .
Le document de Moscou déclare ensuite que L’ordre des diptyques a changé dans l’histoire. Au cours du premier millénaire de l’histoire ecclésiastique, la primauté d’honneur appartenait au siège de Rome. Après la rupture de la communion eucharistique entre Rome et Constantinople au milieu du XIème siècle, la primauté dans l’Église orthodoxe est passée au siège suivant dans l’ordre des diptyques, c’est-à-dire celui de Constantinople. Depuis lors et jusqu’à aujourd’hui, la primauté d’honneur dans l’Église orthodoxe au niveau universel appartient au Patriarche de Constantinople en tant que premier parmi les Primats égaux des Églises orthodoxes locales .
Cette déclaration a été contestée par certains théologiens orthodoxes qui se réfèrent au fait que le 28ème canon du Concile de Chalcédoine, sur lequel la primauté du patriarche de Constantinople a été fondée, ne le mentionne pas comme « second après l’évêque de Rome : il le reconnaît plutôt comme « égal » à celui-ci. Y avait-il donc une sorte de double primauté dans l’Église universelle du premier millénaire, avec un pape pour l’Occident et un autre pour l’Orient ? Les sources byzantines parlent plutôt de pentarchie, un concept officiellement entériné par l’empereur Justinien et selon lequel toute l’oikouménê est divisée en cinq patriarcats dont les droits et les privilèges sont équivalents. Cette égalité a été exprimée lors des Conciles œcuméniques de différentes façons, à savoir comment les discussions étaient tenues, comment les décisions étaient prises, comment les décrets étaient signés.
Il a été d’une certaine façon tenu pour acquis par certains que la synodalité était tant liée à la primauté qu’il ne pouvait y avoir de synode sans un primat. Mais à la lumière des procédures du premier millénaire, cela s’applique uniquement au niveau régional. En effet, à ce niveau, c’était le métropolite qui présidait le concile et aucun concile ne pouvait avoir lieu sans sa présidence (à moins que le concile ne fût convoqué pour le déposer, au quel cas l’un des évêques doyens présiderait). Pour ce qui concerne le niveau diocésain, il n’y avait aucun concile ou synode puisque tous les conciles de l’Église ancienne étaient en faits des assemblées d’évêques, et il n’y avait qu’un seul évêque dans chaque diocèse.
Mais qu’en est-il du niveau universel ? Comment la primauté et la synodalité étaient-elles exercées lors des Conciles œcuméniques ? Ceux-ci étaient convoqués par l’empereur, en la présence duquel avaient lieu seulement certaines sessions de certains Conciles. Maintenant, s’agit-il d’une primauté qui peut être expliquée en termes ecclésiaux, ou plutôt était-il question que l’empereur facilite les discussions afin de s’assurer que l’ordre était dûment préservé par les participants ? (Effectivement, les procès-verbaux des Conciles œcuméniques indiquent que les discussions étaient parfois échauffées et agressives, et qu’une sorte de médiation entre les parties étaient parfois fort appropriée).
Certains soutiennent que c’était le patriarche de Constantinople qui présidait les Conciles œcuméniques. Si cela était vrai pour certains des Conciles, ce n’était certainement pas vrai pour tous. Par exemple, au IIème Concile œcuménique, la présidence est passée de Mélèce d’Antioche à Grégoire de Constantinople et finalement à Nectaire de Constantinople.
Au IIIème Concile œcuménique, c’est St Cyrille d’Alexandrie qui joua un rôle prédominant après que Nestorius de Constantinople eut été déposé. Lors des quatre Conciles suivants, les patriarches de Constantinople exercèrent effectivement un rôle dirigeant. Mais n’était-ce pas parce que ces Conciles avaient lieu à Constantinople ou dans des villes se trouvant dans la juridiction du patriarche de Constantinople (Chalcédoine, Nicée) ? N’était-ce pas parce que Constantinople était la capitale de l’empire et que l’empereur, qui convoquait les Conciles, y résidait ? Qui aurait présidé un Concile œcuménique si celui-ci avait eu lieu à Rome, Alexandrie ou partout ailleurs ?
Si l’on affirme que seuls les patriarches de Constantinople présidaient les Conciles œcuméniques à partir du IVème siècle, parce qu’ils étaient les seconds selon la taxis après l’évêque de Rome, il en résulterait logiquement que, s’il avait été présent, l’évêque de Rome aurait présidé de tels Conciles. Un certain nombre de théologiens insistent sur le fait que tel aurait été réellement le cas, sans tenir compte du fait qu’un tel Concile aurait eu lieu à Constantinople ou à Rome. Il y eut cependant un cas, lorsqu’un pape était physiquement présent à Constantinople pendant un Concile œcuménique : le pape Vigilius avait été convoqué dans la capitale byzantine par l’empereur Justinien. Mais au lieu de présider le Vème Concile, il passa son temps en détention.
Lors de sa session à Amman, en Jordanie, en septembre 2014, la Commission mixte pour le dialogue catholique-orthodoxe, a délibéré sur les prérogatives de l’évêque de Rome en tant que primus inter pares pendant le premier millénaire, afin d’établir quelles seraient ses prérogatives, si de façon hypothétique, il y aurait restauration de la pleine communion entre l’Orient et l’Occident. Certains ont prétendu que, dans une telle situation, le droit serait donné à l’évêque de Rome de convoquer les Conciles œcuméniques et de les présider. En outre, il présiderait également la célébration eucharistique lorsque les primats des Église autocéphales se rassembleraient pour cela. Il a semblé évident à certains membres de la Commission que de telles prérogatives découlent de la primauté d’honneur au niveau universel. Or, l’histoire de l’Église ancienne n’offre aucun fondement à ces prétentions. Comme nous l’avons vu, il n’y a pas eu un seul cas d’un pape présidant un Concile œcuménique. Pas plus qu’il n’y eut un cas où le pape aurait concélébré avec les patriarches orientaux et présidé de telles concélébrations.
La question de la primauté dans l’Église universelle a divisé orthodoxes et catholiques à travers le second millénaire. Il est devenu un lieu commun pour les orthodoxes, dans leurs polémiques avec les catholiques, d’insister sur le fait qu’il ne peut y avoir dans l’Église universelle de chef visible, puisque le Christ Lui-même est le chef du Corps de l’Église. Je ne citerai pas les écrits abondants à ce sujet, car ils sont bien connus.
Au cours du XXème siècle, cependant, cette façon de penser a été contestée par certains théologiens orthodoxes. Le défunt doyen de ce séminaire, le père Alexandre Schmemann, pensait que « si l’Église est un organisme universel, elle doit avoir à sa tête un évêque universel comme centre de son unité et organe du pouvoir suprême. L’idée, populaire dans les écrits apologétiques orthodoxes, que l’Église ne peut avoir un chef visible, puisque le Christ est son chef invisible, est un non-sens théologique » .
Cependant, l’opinion courante, dans le dialogue orthodoxe-catholique montre clairement que la plupart des représentants orthodoxes sont plutôt d’accord avec la polémique millénaire contre la papauté qu’avec le point de vue exprimée par le père Alexandre. La notion selon laquelle un hiérarque suprême pour l’Église universelle est une nécessité a fait l’objet d’une approche de différents points de vue pendant les dernières cinquante années, mais, invariablement, le consensus prévalant parmi les orthodoxes est que la primauté telle qu’exprimée par la tradition occidentale était et reste étrangère à l’Orient. En d’autres termes, les orthodoxes ne sont pas prêts à avoir un pape, même si différentes voix s’élèvent en faveur de l’adoption d’une structure plus centralisée.
Quelle sorte de primauté universelle est alors acceptable pour les orthodoxes, et comment, en l’absence de l’évêque de Rome, cette primauté est-elle exercée dans l’Église orthodoxe ? La position officielle du Patriarcat de Moscou est exprimée de façon assez laconique à ce sujet : « La primauté dans l’Église orthodoxe universelle, qui de par sa nature est une primauté d’honneur, et non d’autorité, revêt une grande importance pour le témoignage orthodoxe dans le monde contemporain. Le Siège de Constantinople dispose d’une primauté d’honneur sur la base des saints diptyques, reconnus par toutes les Églises orthodoxes locales. Le contenu de fond de cette primauté est défini par le consensus des Églises locales orthodoxes, exprimé, en partie, lors des conférences panorthodoxes préparatoires au Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe. Dans l’exercice de sa primauté, le Primat de l’Église de Constantinople peut prendre des initiatives à l’échelle panorthodoxe et aussi s’adresser au monde extérieur au nom de tout le plérôme orthodoxe, à la condition d’y être habilité par toutes les Églises orthodoxes locales ».
Cette déclaration, une fois publiée, a provoqué une réaction émotionnelle de la part de certains hiérarques orthodoxes. En particulier, le métropolite Elpidophore de Boursa a écrit un article intitulé « Primus sine paribus ». Il y a critiqué le document de Moscou qui soi-disant transformerait la primauté « en quelque chose d’externe et pour cette raison étranger à la personne du premier hiérarque ». Au lieu de cela, il a suggéré que nous considérions toute institution ecclésiale comme « toujours hypostasiée dans une personne », et que la source de la primauté sur tous les trois niveaux de l’organisation ecclésiale est le premier hiérarque lui-même. Pour la première fois, un hiérarque orthodoxe a carrément affirmé que le Patriarche œcuménique n’est pas primus inter pares, mais primus sine paribus. C’est-à-dire que, à l’instar du pape en Occident, il est élevé au-dessus des autres primats des Églises orthodoxes locales. Cela sonne comme une tentative d’implanter l’ecclésiologie catholique-romaine sur le sol orthodoxe.
Les commentaires du document de Moscou, en ce qui concerne le Patriarche œcuménique, ne portent pas le caractère de déclaration théologique. Ils ne sont pas non plus une description exhaustive des droits et prérogatives du primus inter pares dans la tradition orthodoxe. Ils sont plutôt une modeste tentative de décrire la situation actuelle dans l’Orthodoxie universelle. Le mot « consensus » est crucial dans le document. Il indique l’accord de toutes les Églises orthodoxes sur certaines prérogatives accordées au Patriarche de Constantinople en tant que premier parmi les primats. Ces prérogatives ne sont pas de nature théologique, pas plus qu’elles ne sont attachées, pour ainsi dire, automatiquement au trône patriarcal de la Nouvelle Rome. Elles résultent plutôt d’un accord des Églises orthodoxes, fondées spécifiquement sur les décisions des conférences panorthodoxes réunies dans les années 1960 à 1980 pour la préparation du Grand et Saint Concile de l’Église orthodoxe.
Comme nous le savons tous, la préparation de ce Concile dure déjà depuis plus d’un demi-siècle, et ce n’est qu’en mars 2014 que les Primats des Églises orthodoxes ont décidé d’accélérer le processus afin que le Concile ait lieu en 2016, dans la mesure où des obstacles imprévus ne se produiraient pas. Il a été convenu que le Patriarche œcuménique occuperait la place centrale du présidium du Concile. Assis à sa droite et à sa gauche seront ses collègues primats, conformément aux diptyques. L’image visible du Concile exprimera l’ecclésiologie orthodoxe et contrastera avec l’image d’un Concile catholique-romain, où le pape est assis sur un trône spécial, séparé des autres évêques.
Il est d’une importance cruciale que les décisions du Concile panorthodoxe soient prises par consensus, non par vote, et qu’elles soient approuvées par l’assemblée entière des évêques, non par « un primat universel ». Cela, à nouveau, indique une différence cruciale entre les concepts orthodoxe et catholique de la synodalité et de la primauté. L’ecclésiologie catholique considère que la primauté, à son niveau universel, se trouve à un niveau plus élevé que la synodalité, car c’est le pape qui confirme les décisions du Concile (Synode) ; sans sa confirmation, aucun décret du concile ne peut être valide. Pour les orthodoxes, la synodalité est à un niveau plus élevé que la primauté, puisque le primat est subordonné au concile. Au niveau régional, c’est un primat qui est à la fois subordonné et doit rendre des comptes au synode régional, même s’il le convoque et le préside. Au niveau universel, c’est le collège des primats qui doit rendre des comptes au reste des évêques. Le premier hiérarque de ce collège convoque le concile et préside celui-ci, mais il le fait avec les autres primats qui lui sont égaux.
La façon dont est exercée la primauté au niveau universel en Orient continue à être une question à examiner parmi les orthodoxes. Le processus préconciliaire a révélé certaines différences parmi les Églises autocéphales dans leur conception du contenu de cette primauté.
L’une des préoccupations de l’ordre du jour préconciliaire est celui de l’autocéphalie. Qui a le droit d’accorder l’autocéphalie ? L’histoire révèle différents exemples quant à la façon dont l’autocéphalie a été réalisée. Dans la plupart des cas, elle a été proclamée par une Église particulière, et seulement plus tard, parfois après un long délai, elle a été reconnue par Constantinople et les autres Églises locales.
Par exemple, l’Église russe est devenue autocéphale de facto en 1448 lorsque le métropolite de Moscou fut élu sans le consentement du patriarche de Constantinople (qui à cette époque était uni à Rome). Ce n’est que dans les années 1589-1593 que les patriarches orientaux ont reconnu son autocéphalie. Cela a été fait au moyen de deux lettres signées, non par le patriarche œcuménique seul, mais aussi par les autres patriarches orientaux. Dans ces lettres, le rang patriarcal du primat de l’Église russe était reconnu et le patriarche de Moscou était placé au cinquième rang après les quatre patriarches orientaux.
Le délai entre la promulgation d’une autocéphalie et sa reconnaissance par Constantinople a varié entre moins de vingt ans à plus de soixante-dix ans. L’Église de Grèce, par exemple, a proclamé son autocéphalie en 1833, mais n’a pas été reconnue comme telle par Constantinople jusqu’à 1850. L’Église de Serbie a restauré son autocéphalie en 1832, mais n’a été reconnue qu’en 1885. L’Église de Roumanie a déclaré son autocéphalie en 1865, mais n’a été reconnue qu’en 1885. L’Église de Bulgarie a proclamé son autocéphalie en 1872, mais ce n’est qu’en 1945 que le patriarche de Constantinople l’a reconnue en produisant un tomos. L’Église d’Albanie a déclaré son autocéphalie en 1922, laquelle a été reconnue en 1937.
L’Église de Géorgie est un cas spécial. L’autocéphalie lui a été accordée en 466 par le patriarcat d’Antioche mais son autocéphalie fut abolie par le tsar russe en 1811, pour être restaurée seulement en 1918. Elle a été reconnue par le patriarche de Moscou en 1945, tandis que le patriarche de Constantinople l’a reconnue aussi tard que 1989, lorsque celui a accordé un Tomos d’autocéphalie au catholicos-patriarche de Géorgie.
Dans tous les cas susmentionnés, les Églises datent leur autocéphalie du moment où elle proclamée de facto pour la première fois. Cependant, selon Constantinople, celle-ci devrait être datée du moment où le tomos d’autocéphalie a été accordé par le Trône œcuménique. Jusque récemment, le patriarcat de Constantinople insistait sur son droit exclusif à proclamer l’autocéphalie. Ce concept a été exprimé par le métropolite Elpidophore qui prétendait que « dans le cas de l’archevêque de Constantinople, nous observons la concomitance unique des trois niveaux de primauté, à savoir le niveau local (comme archevêque de Constantinople-Nouvelle Rome), le niveau régional (comme patriarche), et le niveau universel ou du monde entier (comme patriarche œcuménique). Cette primauté triple se traduit en privilèges spécifiques comme celui du droit d’appel et d’accorder ou supprimer l’autocéphalie » .
Pendant la discussion de cette question dans le cadre préconciliaire, il a été convenu qu’à l’avenir, l’octroi de l’autocéphalie serait un processus panorthodoxe auquel toutes les Églises autocéphales participeraient. Le tomos d’autocéphalie sera, pour cette raison, signé par tous les primats. Il reste à décider dans quel ordre les signatures des primats apparaîtront dans les futurs tomoi, mais il semble qu’un consensus ait été atteint quant à la nécessité pour toutes les Églises de participer à cette prise de décision. Il est inutile de dire que l’abrogation de l’autocéphalie ne peut être imposée sans le consentement de toutes les Églises orthodoxes.
Ce consensus ouvrira peut-être la voie à la résolution du problème douloureux de l’autocéphalie de l’Église orthodoxe en Amérique. Son autocéphalie, accordée par le Patriarcat de Moscou en 1970 n’est reconnue que par quelques Églises orthodoxes, bien que le statut canonique de ses évêques n’ait jamais été mis en question par aucune Église. Ce sujet, comme d’autres affaires similaires en suspens (comme celle du statut canonique du primat actuel de l’Église orthodoxe des Terres tchèques et de Slovaquie) doit être résolu par l’Église orthodoxe entière. Afin de résoudre ces problèmes, nous avons besoin non seulement de la primauté, mais aussi de la synodalité, qui doit être dûment exercée au niveau universel. Espérons que le oncile panorthodoxe attendu depuis si longtemps soit un événement lors duquel la synodalité sera pleinement mise en œuvre, et que la primauté sera strictement exercée dans le cadre d’une prise de décision consensuelle.

Je voudrais terminer cette communication en citant le paragraphe final de « La position du Patriarcat de Moscou sur la primauté dans l’Église universelle » : La primauté dans l’Église du Christ est appelée à servir l’unité spirituelle de ses membres et le bon ordre de sa vie, car Dieu n’est pas le Dieu du désordre, mais de la paix (1 Co 14, 33). Le ministère du primat dans l’Église est étranger à tout amour du pouvoir, il a pour but l’édification du corps du Christ… afin que… dans le véritable amour nous grandissions à tous égards vers Celui qui est le chef, le Christ, duquel le corps tout entier… selon une activité répartie à la mesure de chacun des membres réalise sa propre croissance dans l’amour » (Éph 4, 12-16).

Saint Naamas de Rodez, fêté le 3/16 novembre

Le calice de Sainte Sophie. Chant orthodoxe.


FEUILLETS LITURGIQUES DE LA CATHÉDRALE DE L’EXALTATION DE LA SAINTE CROIX


3/16 novembre
23ème dimanche après la Pentecôte

Sts martyrs Acepismas, évêque, Joseph, prêtre et Aïthala, diacre (IVème s.) ; Dédicacе de l’église Saint-Georges à Lydda (IVème s.). Sts martyrs Attique, Agape, Eudocie, Catérie, Istucarie, Pactovie, Nictopolion et leurs compagnons (vers 320) ; St Acepismas (IVème s.) ; Ste Snandulie (IVème s.) ; St hiéromartyr Nicolas Dinariev et martyr Paul Parfenov (1918) ; Sts hiéromartyrs Basile Arkhangelsky, Pierre Orlenkov, Basile Pokrovsky, Alexandre Zverev, Vladimir Pisarev, Serge Kedrov, Nicolas Piatnitsky, Vincent Smirnov, Jean Kesarisky, Pierre Kosminkov, Alexandre Parousnikov, Paul Andreev, Cosmas Petritchenko, prêtres et Syméon Kretchkov, diacre (1937) ; martyre Eudocie Safronov (1938) ; saint hiéromartyr Serge Stanislavlev, diacre (1942).

Lectures : Eph. II, 4–10. Lc. VIII, 41–56. Saints: Eph. VI, 10–17 ; Lc. XXI, 12–19.

VIE DES SAINTS MARTYRS ACEPSIMAS, JOSEPH ET AÏTHALA[1]
L
a trente septième année de la sauvage persécution déclenchée par le roi de Perse Sapor II (378-379), les chefs des mages se virent attribuer le pouvoir de torturer tous les chrétiens qu’ils trouveraient et de les faire périr s’ils s’obstinaient dans la confession de leur foi. On arrêta alors Acepsimas, l’évêque de la ville de Pakâ et de la région d’Henaitâ. C’était un vénérable vieillard de quatre-vingts ans, qui montrait aux païens le chemin de la Vie par sa parole et son exemple. Il jeûnait et priait sans cesse, et versait chaque jour des larmes en abondance. Arrivé à Arbèle et interrogé par le chef des mages, le saint évêque ne chercha à se disculper d’aucune des accusations que l’on portait contre lui. « Je prêche effectivement le Dieu unique et Ami des hommes, afin que ceux-ci fassent pénitence, qu’ils délaissent les chemins de perdition et adorent le Créateur et non les créatures comme des dieux. » Le mage le fit flageller sans pitié pour son âge et le jeta dans un sombre cachot. Vers la même époque, on arrêta aussi le prêtre Joseph de Bêt-Katôbâ. C’était un vieillard de soixante-dix ans, modèle du prêtre et zélé pour la foi comme aux premiers temps de sa conversion. Le diacre Aïthala de la région de Bêt-Nuhadré fut également arrêté. Il avait soixante ans, mais gardait encore le verbe tranchant ; il brûlait de l’amour de Dieu et aimait le Christ au point de n’attendre que de souffrir pour Lui afin de vivre en Lui. Ils furent enchaînés et conduits à Arbèle pour être traduits devant le même chef des mages. Celui-ci les menaça de mort sous prétexte qu’ils abusaient le peuple par leur magie (i.e. les saints Mystères). Joseph répondit à cette accusation : « Nous ne sommes pas des sorciers, nous enseignons aux hommes la Vérité, afin qu’ils délaissent les idoles sans vie pour reconnaître le Dieu vivant. » Le mage lui répliqua que la vérité ne pouvait se trouver que du côté du roi, des grands et des riches de ce monde, non chez ces pauvres et vils chrétiens. Joseph lui rétorqua : « Dieu méprise l’orgueil, la grandeur et la richesse de ce monde. Nous sommes certes pauvres, mais c’est volontairement. Nous donnons aux nécessiteux tout ce que nous gagnons à la sueur de notre front, alors que vous, vous les volez. La richesse est éphémère ; elle passe avec cette vie, c’est pourquoi nous n’y attachons pas notre cœur afin de mériter la gloire de l’autre monde. » L’assurance du vénérable prêtre irrita le chef des mages qui le fit écarteler par dix hommes et frapper avec des branches de grenadier couvertes d’épines. Alors que tout son corps baignait dans le sang, le saint martyr leva les yeux au ciel et dit : « Je te rends grâce, Christ, Fils de Dieu, de m’avoir jugé digne de ce second baptême qui me purifie de tous mes péchés. » On fit ensuite venir Aithala. Le mage lui enjoignit : « Adore le soleil, bois du sang, prends femme, obéis aux ordres du roi et tu échapperas ainsi aux tortures et à la mort qui t’attendent. » Aithala répondit :« Mieux vaut mourir pour vivre, que vivre pour mourir éternellement. Notre Maître nous a enseigné à aimer la Vie que, dans votre ignorance, vous appelez mort, et de haïr la mort que vous appelez vie. Tu adores le soleil car tu es aveugle et ne vois pas la vraie lumière qui s’est levée sur le monde et a été annoncée jusqu’aux confins de la terre. » On soumit immédiatement l’audacieux confesseur à la torture puis on le flagella jusqu’à ce que ses articulations se disloquent. Il fut ensuite jeté dans le cachot où se trouvaient déjà les deux autres confesseurs. Après cinq jours, on soumit les trois vieillards à des supplices encore plus cruels, sans toutefois pouvoir ébranler leur résolution. Lorsqu’ils furent ramenés en prison, ils ressemblaient plus à des cadavres qu’à des hommes vivants, et leur état empira encore après les privations, le froid et l’humidité d’un séjour de trois mois au cachot. Comme le roi venait à passer dans la province, on fit sortir les détenus pour les soumettre a un nouvel interrogatoire qui avait été confié au maître des mages de tout l’Orient. Celui-ci feignit d’avoir pitié de leurs cheveux blancs et les exhorta à obéir au roi pour échapper à la mort. Mais le bienheureux Acepsimas lui répondit : « Garde toi de changer d’attitude à notre endroit. Ne te fais pas d’illusion, jamais nous n’obéirons au roi. Donne tes ordres, que ce soit pour la mort ou pour la torture ; éprouve notre vieillesse avec les supplices qui te plairont. Notre patience en Celui qui nous fortifie est inlassable. C’est à travers nos épreuves que la Vérité que nous proclamons sera le plus clairement manifestée. Nos corps t’appartiennent, mais nos âmes sont à Dieu. Fais donc vite ce que tu as à faire. » Après l’avoir frappé avec rage, les bourreaux l’écartelèrent entre quatre pieux plantés en terre. Mais le saint, restant comme étranger à son propre corps, priait les yeux tournés vers le ciel. Il mourut sous les coups sans que ses bourreaux ne s’en aperçussent, si bien qu’ils continuèrent longtemps à s’acharner sur son corps mort. Le bienheureux Joseph comparut ensuite et fut soumis à d’atroces mais inutiles tortures, et, le croyant mort, ses tortionnaires finirent par le jeter dehors. Lorsque Aïthala fut amené devant le juge, il n’avait rien perdu de son assurance devant les souffrances de ses compagnons et il s’écria : « Je persévère dans la Vérité et je n’écouterai pas le roi, l’ennemi de tout ce qui est grand et beau. Tes tourments ne m’effrayent en aucune façon, homme cynique et impuissant ! Si tu disposes de nouveaux bourreaux, amène-les pour affermir mon âme et fortifier mon corps. ». Comme il voyait que les supplices ne faisaient que renforcer l’ardeur des martyrs, le chef des mages imagina une façon d’outrager par eux le Corps du Christ, et ordonna que les deux confesseurs, Joseph et Aïthala, fussent lapidés par tous les chrétiens, hommes et femmes, que l’on pourrait trouver dans la région. La plupart d’entre eux, effrayés de verser un sang innocent, allèrent se cacher dans les montagnes. Avant de procéder à l’exécution, on proposa aux saints de feindre d’avoir renié en buvant du jus de raisin à la place du sang et en mangeant de la viande qui n’avait pas été offerte en sacrifice aux idoles. Mais ils s’exclamèrent : « Dieu nous garde de souiller nos cheveux blancs et de dissimuler notre foi ou la vérité pour complaire à des hommes fourbes ! Nous nous garderons bien d’accepter la vie de vos mains. Votre puissance a brisé notre corps, mais vous ne pouvez pas arracher à notre âme son espérance indéfectible en la Résurrection qui nous est promise, alors que vous vous préparez pleurs et grincements de dents pour l’éternité. » L’impie répliqua avec sarcasme : « Et quelle récompense me donnerez-vous lorsque vous serez en ce lieu ? » Les bienheureux lui répondirent : « Dans l’autre monde, personne ne rendra le bien pour le mal. Mais dans ce monde, nous prions pour toi conformément à ce que nous a ordonné le Seigneur, en disant : Bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous persécutent (Mt V, 44). Nous le prions pour que tu te convertisses à Dieu, qu’Il ait pitié de toi et que tu reconnaisses qu’il n’en est pas d’autre en dehors de Lui. » Devant la magnanimité des martyrs, la rage du chef des mages ne connut plus de bornes. Il leur fit subir de nouvelles tortures et ordonna qu’ils fussent lapidés par les chrétiens qui avaient été arrêtés en foule. Ce fut d’abord le tour de Joseph. Les pierres pleuvaient, le sang du martyr se répandait à terre. Il fut bientôt enseveli sous un tas de pierres, mais comme il ne mourait pas, un soldat lui fracassa la tête avec une grosse pierre. Quelques jours plus tard, Aïthala fut conduit dans un bourg de la région, où l’on rassembla de force les chrétiens sur la place centrale pour les contraindre à jeter des pierres sur le vieillard. Il mourut ainsi lui aussi recouvert d’un monceau de pierres. Les jours suivants, un myrte poussa soudainement à l’endroit de l’exécution et, pendant cinq ans, les habitants de la région y trouvèrent la guérison de toutes sortes de maux. Le martyre des saints Acepsimas, Joseph et Aïthala marqua la fin de la grande persécution qui avait commencé quarante ans auparavant avec l’exécution de saint Syméon et de ses compagnons.
Tropaire du dimanche du 6ème ton
Áнгельскія си́лы на гро́бѣ Твоéмъ, и стрегу́щіи омертвѣ́ша: и стоя́ше Mapíя во гро́бѣ, и́щущи пречи́стаго Тѣ́ла Tвоего́. Плѣни́лъ еси́ а́дъ, не искуси́вся отъ него́ ; срѣ́тилъ еси́ дѣ́ву, да́руяй живо́тъ. Bоскреcы́й изъ мéртвыхъ Го́споди, сла́ва Tебѣ́.
Les Puissances angéliques apparurent devant Ton Sépulcre, et ceux qui le gardaient furent comme frappés de mort. Marie se tenait près du tombeau, cherchant Ton Corps immaculé. Tu as dépouillé l’enfer, sans être éprouvé par lui ; Tu es allé à la rencontre de la Vierge en donnant la Vie. Ressuscité d’entre les morts, Seigneur, gloire à Toi !

Тropaire des saints martyrs, ton 4

Му́ченицы Твои́, Го́споди, во страда́ніихъ свои́хъ вѣнцы́ прія́ша нетлѣ́нныя отъ Тебе́, Бо́га на́шего: иму́ще бо крѣ́пость Твою́, мучи́телей низложи́ша, сокруши́ша и де́моновъ немощны́я де́рзости. Тѣ́хъ моли́твами спаси́ ду́ши на́ша.
Tes martyrs, Seigneur, par leur combat, ont reçu de Toi, notre Dieu, la couronne incorruptible. Avec Ta force, ils ont renversé les tyrans et brisé même l’audace impuissante des démons. Par leurs supplications, ô Christ Dieu, sauve nos âmes.


Tropaire de St Georges, ton 4

Яко плѣ́нныхъ свободи́тель и ни́щихъ защи́титель, немощству́ющихъ вра́чь, царе́й побо́рниче, побѣдоно́сче, великому́чениче Гео́ргіе, моли́ Христа́ Бо́га спасти́ся душа́мъ на́шимъ.
Libérateur des captifs, toi qui assures aux pauvres ta protection, en qui les malades trouvent aussi leur médecin et les princes, leur défenseur, saint Georges, victorieux et grand martyr, intercède auprès du Christ notre Dieu  pour le Salut de nos âmes.

Kondakion du saint martyr, ton 2

Боже́ственная, му́дре, непоро́чно тайноводи́лъ еси́, же́ртва прія́тна бы́лъ еси́, богоблаже́нне: Христо́ву бо пи́лъ еси́ ча́шу сла́вно, свя́те Акепси́мо, со страда́льцы твои́ми, моля́ся непреста́нно о всѣ́хъ на́съ.
Initié aux mystères divins, tu fus offert en agréable sacrifice, Martyr bienheureux; du Christ tu as bu le calice vaillamment; avec tes compagnons de lutte, Acepsimas, sans cesse tu intercèdes en faveur de nous tous.

Kondakion de St Georges, ton 8.

Къ возбра́нному и ско́рому заступле́нію Твоему́ прибѣ́гше, вѣ́рніи, мо́лимъ изба́витися, страстоте́рпче Христо́въ, отъ собла́знъ вра́жіихъ воспѣва́ющимъ тя́, и вся́кихъ бѣ́дъ, и озлобле́ній, да зове́мъ: ра́дуйся, му́чениче Гео́ргіе.

Ayant trouvé refuge en ton invincible protection, assurés de ton prompt secours, nous supplions le Christ de nous délivrer des pièges de l'ennemi, de tout malheur et des multiples dangers, nous les fidèles qui te célébrons, afin que nous puissions chanter à haute voix:  Réjouis-toi, saint Georges, victorieux martyr.

Kondakion du dimanche du 6ème ton
Живонача́льною дла́нію уме́ршыя отъ мра́чныхъ удо́лій Жизнода́вецъ воскреси́въ всѣ́хъ, Христо́съ Бо́гъ, воскресе́ніе подаде́ человѣ́ческому póду ; éсть бо всѣ́xъ Спаси́тель, во-скресéніе и живо́тъ и Бо́гъ всѣ́хъ.
Par Sa Main vivifiante, le Donateur de Vie a ressuscité tous les morts de leurs retraites ténébreuses, Lui,  le Christ Dieu, qui a fait don de la Résurrection à la race des humains, car, de tous Il est le Sauveur, la Résurrection et la Vie et le Dieu de l’univers.

LECTURES DU DIMANCHE PROCHAIN : Matines : Marc XVI, 1-8 Liturgie : Eph. II, 14–22. Lc. X, 25–37.




[1] Tiré du Synaxaire du Hiéromoine Macaire de Simonos Petras (version abrégée).