"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

dimanche 23 avril 2017

Livre sur José Muñoz, Gardien de la Portaïtissa

Du Mont-Athos à Optino, José Muñoz, Pèlerin de la Portaïtissa et Martyr (Claude Lopez-Ginisty)
Publié le 18 avril 2017 par editionsdudesert



Icône du néomartyr José Muñoz portant l’îcône de la Portaïtissa

José Muñoz, devenu moine orthodoxe Ambroise du Mont-Athos, humble gardien de l’Icône de la Portaïtissa, est mort martyrisé en 1997. L’auteur de ce livre, témoin direct et ami de José, eut la grâce de le rencontrer souvent et de l’accueillir chez lui avec l’Icône. À notre demande, il accepta avec humilité d’écrire l’histoire de sa vie. Mais ces pages bouleversantes, exigeantes de vérité, nous entraînent bien au-delà d’une biographie. Tel une icône, ce livre ouvre la porte de l’Invisible illuminant le chemin du Royaume, celui qu’a emprunté le pèlerin José, effacé derrière la Toute-Pure. Consumé d’amour pour Dieu, il livra jusqu’au bout le bon combat.

« Nous allons parler d’un martyr de notre temps, écrit Claude-Lopez-Ginisty dans son Avant-propos. Il vivait en esprit avec les martyrs de tous les temps et de tous les lieux (…). Il fut sur notre terre des vivants un homme simple marchant pieusement vers le Ciel où il demeure à présent. Il obtint du Christ par sa prière fervente le don précieux d’une icône miraculeuse qu’il accompagna dans le monde et donna sa vie pour que ses frères l’aient en abondance de guérisons et de grâces. 

Il devint moine secrètement au Mont-Athos. Il fut torturé à mort à Athènes où il reçut la couronne du martyre. Du Mont-Athos en Grèce, à Optino en Russie, où on le vénère à présent, son itinéraire spirituel est constellée de bénédictions insignes. » 

« (…) En rassemblant tous les témoignages de ceux qui l’ont connu, on s’aperçoit qu’il n’est pas réellement possible d’écrire autre chose que l’histoire de l’Icône et de frère Joseph. Cela est voulu. C’est que sa vie réelle fut celle de gardien fidèle de l’Icône et que son autre vie, il y renonça totalement en choisissant de devenir moine. 

Il disparut quand disparut l’Icône, c’était là sa seule vie véritable, elle était cheminement lent, sûr et douloureux vers le Ciel. Y ayant atteint enfin, il nous laisse le soin de méditer sur ce que fut son errance mystique sur la terre des vivants. »

ISBN 978-2-914857-30-7

FEUILLETS LITURGIQUES DE LA CATHÉDRALE DE L’EXALTATION DE LA SAINTE CROIX

10/23 avril
  Dimanche de l’apôtre Thomas « Antipâques »

Saints Térence, Pompée, Africain, Maxime, Zenon, Alexandre, Théodore et leurs 33 compagnons, martyrs à Carthage (249-251) ; saints Jacques, prêtre, Azadan et Audice, diacres, martyrs en Perse (vers 380) ; saint Pallade, évêque d'Auxerre (vers 658) ; saint Grégoire V, Patriarche de Constantinople, néo-martyr grec (1821) ; saints néo-martyrs de Russie : Phlégonte (Ponguilsky), prêtre (1938) ; Démètre (Vdovine), martyr (1942).
Lectures : Actes V, 12 - 20 / Jn. XX, 19-31


AU SUJET DU DIMANCHE DE THOMAS

N
ous commémorons ce dimanche l’apparition du Seigneur aux apôtres, après Sa Résurrection, et le toucher de Ses plaies par l’apôtre Thomas. L’apparition du Seigneur ressuscité à l’apôtre Thomas et aux onze autres disciples est fixée le premier jour suivant la semaine pascale, parce que les circonstances de cette apparition constituent une preuve incontestable de la Résurrection du tombeau, « comme de la chambre nuptiale, avec Sa chair immaculée ». Le huitième jour après Pâques, comme achèvement des solennités de la Semaine Lumineuse, constituait depuis les temps anciens une solennité particulière. Le dimanche de Thomas est également appelé « antipâques », ce qui signifie « au lieu de Pâques », parce que l’Église a transféré à ce dimanche une partie des antiques matines pascales, qui furent remplacées par celles de St Jean Damascène que nous célébrons de nos jours. Depuis ce jour commence le cycle des dimanches et des semaines de toute l’année. Selon l’usage de l’Église Russe, on commémore les défunts le mardi suivant le dimanche de Thomas. La raison en est que le typicon autorise de nouveau, la commémoraison des défunts à partir du lundi de Thomas. C’est ainsi que les croyants se rendent sur la tombe de leurs proches pour annoncer la joyeuse nouvelle de la Résurrection du Christ. De là vient l’appellation de ce jour « radonitsa » en russe (radost’ = la joie). La commémoraison des défunts après Pâques remonte aux temps les plus anciens. St Ambroise de Milan, dans l’une de ses homélies dit : « Il est digne et juste, après les solennités pascales que nous avons célébrées, de partager notre joie avec les saints martyrs, et de leur annoncer la joie de la Résurrection du Christ, à eux en tant que participants aux souffrances du Seigneur ». Ces paroles de St Ambroise, bien que se rapportant aux martyrs, peuvent confirmer notre usage de commémorer les défunts après Pâques, eu égard au fait que, dans les temps anciens, on enterrait les défunts parmi les martyrs.

Tropaire, ton 5
Хpистócъ вocкpéce изъ ме́ртвыхъ, cме́ртію cме́рть попра́въ и су́щымъ во гробѣ́xъ живо́тъ дарова́въ.
Le Christ est ressuscité des morts, par Sa mort Il a vaincu la mort, et à ceux qui sont dans les tombeaux, Il a donné la vie.

Tropaire du dimanche de Thomas, ton 7
Запеча́тану гбу, живо́тъ отъ гбa возсія́лъ ecи́ Xpисте́ Бо́же, и двépeмъ заключе́ннымъ, ученико́мъ предста́лъ ecи́, вcѣ́xъ вocкpecéнie : ду́хъ пра́вый тѣ́ми обновля́я на́мъ, по вели́цѣй Твое́й ми́лости.
Le sépulcre étant scellé, Toi qui es la Vie, ô Christ Dieu, Tu t’es levé du tombeau, et les portes étant fermées, Toi, la Résurrection de tous, Tu t’es présenté devant Tes disciples, par eux renouvelant en nous un esprit droit, dans Ta grande miséricorde.
Kondakion du dimanche de Thomas, ton 8
Любопы́тною десни́цею, жиз-нопода́тельная Tвоя́ péбра Фомá испыта́, Xpисте́ Бо́же : coзаключе́ннымъ бо двépeмъ я́ко вше́лъ ecи́, съ про́чими апо́столы вопiя́ше Тебѣ́ : Го́сподь еси́ и Бо́гъ мо́й.
Voulant s’assurer de Ta Résurrection, Thomas scruta de sa droite curieuse Ton côté vivifiant, ô Christ Dieu ; aussi, lorsque Tu entras, les portes étant fermées, il Te clama avec les autres apôtres : Tu es mon Seigneur et mon Dieu.
Au lieu de « il est digne en vérité » ton 1:
А́нгелъ вопiя́ше Благода́тнѣй: Чи́стая Дѣ́во, ра́дуйся, и па́ки реку́: Ра́дуйся! Тво́й Сы́нъ воскре́се тридне́венъ отъ гро́ба и ме́ртвыя воздви́гнувый: лю́дiе веселит́еся. Свѣти́ся, свѣти́ся Но́вый Iерусали́ме, сла́ва бо Госпо́дня на Тебѣ́ возсiя́. Лику́й ны́нѣ и весели́ся, Сiо́не. Ты́ же, Чи́стая, красу́йся, Богоро́дице, о воста́нiи Рождества́ Твоего́.
L’Ange dit à la Pleine de grâce : Vierge pure, réjouis-toi, et je te dis à nouveau : réjouis-toi ! Car ton Fils est ressuscité du Tombeau le troisième jour et a relevé les morts, peuples réjouissez-vous. Resplendis, resplendis, Nouvelle Jérusalem, car la gloire du Seigneur a brillé sur toi. Danse et crie de joie, Sion, et toi, Pure Mère de Dieu, réjouis-toi de la Résurrection de Ton Fils.

VIE DU hiÉromartyr GRÉGOIRE V, patriarche de CONSTANTINOPLE[1]  

Né en 1745 au sein d’une famille pauvre de Dimitsane, dans le Péloponnèse, saint Grégoire reçut sa première éducation de son oncle hiéromoine, puis alla s’installer avec lui à Smyrne. Devenu moine au monastère de l’île des Strophades, il compléta ses études théologiques à Patmos. De retour à Smyrne, le métropolite Procope, qui lui montrait une paternelle affection, le fit archidiacre puis l’ordonna prêtre, et lors de son élévation à la dignité patriarcale (1788), il fit sacrer Grégoire pour lui succéder. Pendant douze ans, le saint hiérarque gouverna avec sagesse et zèle apostolique la grande et riche cité de Smyrne, métropole de l’hellénisme en Asie Mineure. Il y fit reconstruire diverses églises, fonda des écoles et organisa un système de bienfaisance pour les déshérités. En 1797, il fut élu patriarche œcuménique et entreprit aussitôt de relever la dignité patriarcale en faisant reconstruire le palais du Phanar. Il fonda aussi une imprimerie dans laquelle on éditait des livres en langue vulgaire, qui contribuèrent grandement au réveil culturel et spirituel du peuple grec. Le saint hiérarque veillait à la stricte observance des canons ecclésiastiques et à la rigueur morale du clergé. En ces temps agités, où les Grecs, tenus depuis près de quatre siècles sous le joug ottoman, s’échauffaient et se préparaient au soulèvement général, le patriarche, conscient de ses responsabilités de pasteur, s’efforçait de tempérer les esprits téméraires, en consolidant toutefois en secret le sentiment national.

Après un an et demi seulement, il fut dénoncé au sultan par des évêques qu’il avait blâmés pour leur conduite et fut exilé à Chalcédoine, puis au monastère d’Iviron sur la Sainte Montagne. Pendant ce séjour forcé à l’Athos, le saint visita tous les monastères, prêcha la parole de Dieu et fut pour tous un modèle de vie monastique. Il donna alors sa bénédiction à saint Euthyme [22 mars] pour aller s’offrir au martyre et exprima sa joie et sa fierté à la nouvelle du martyre de saint Agathange [19 avr.], montrant ainsi qu’il considérait la mort par amour du Christ comme le but suprême et le couronnement de la vie chrétienne.

Rappelé au Patriarcat en 1806, il fut reçu avec enthousiasme par le peuple chrétien de Constantinople, et reprit courageusement son œuvre pastorale et de correction des mœurs ecclésiastiques. Mais, en 1808, un coup d’état ayant amené au pouvoir le sultan Mehmed II, on le contraignit à démissionner et à se retirer dans l’île de Prinkipo, puis de nouveau au Mont Athos où il reprit ses études patristiques et ses exercices ascétiques, tout en se tenant informé de la situation de l’Église et du peuple.

En 1818, il fut contacté par les membres de la Société Amicale, société secrète qui préparait la Révolution en essayant de réunir et de coordonner les forces dispersées. Grégoire montra avec enthousiasme son soutien pour la cause de la liberté ; mais, jugeant que le temps n’était pas encore mûr, il leur conseilla la patience. Peu de temps après, il fut rappelé pour la troisième fois sur le trône œcuménique et reprit son activité, encourageant en particulier la fondation des écoles où les enfants pouvaient recevoir une formation hellénique. Il organisa aussi une Caisse de la Miséricorde, qui recevait les fonds de Grecs fortunés pour l’assistance aux chrétiens en difficultés.
Lorsque commença, dans le plus grand manque d’organisation, l’insurrection des Grecs des principautés danubiennes (1er février 1821), il s’en suivit aussitôt de terribles et sanglantes répressions à Constantinople et dans tous les grands centres de l’empire ottoman. Tous les notables ayant des liens avec les principautés furent exécutés et quatre évêques furent arrêtés. Comme le gouvernement avait donné l’ordre de rassembler au Phanar toutes les familles des notables grecs de Constantinople, le patriarche, en vue d’éviter le massacre, se porta garant auprès de la Sublime Porte de leur fidélité. Non content de cette déclaration, le sultan contraignit saint Grégoire à signer l’excommunication du chef de l’insurrection, Alexandre Hypsilantès, et de ses compagnons.

Le 31 mars, on annonça le soulèvement général du Péloponnèse et, trois jours plus tard, le Grand Lundi, le Grand Interprète, représentant de la communauté grecque à la cour du sultan, fut exécuté avec d’autres notables. Prévoyant quel serait son sort et refusant les propositions de fuite, le patriarche disait : « Comment abandonnerais-je mon troupeau ? Si je suis patriarche, c’est pour sauver mon peuple, non pour le livrer aux glaives des janissaires. Ma mort sera plus utile que ma vie, car par elle les Grecs lutteront avec l’énergie du désespoir qui souvent procure la victoire. Non, je ne deviendrai pas la risée du monde en prenant la fuite, de sorte qu’on me montre du doigt en disant : “Voilà le patriarche assassin !” ».

Le jour de Pâques, 10 avril, saint Grégoire célébra, avec calme et grandeur, la Liturgie de la Résurrection, interrompu seulement par ses sanglots. À l’issue de la cérémonie, on lui confirma la nouvelle de la révolution dans le Péloponnèse. Il répondit alors : « Que maintenant comme toujours, la volonté du Seigneur soit faite ! » Quelques heures plus tard, on venait lui annoncer sa déposition et des janissaires le traînèrent sans ménagement en prison. Soumis à l’interrogatoire et à la torture, il gardait un majestueux silence qu’il ne rompait que lorsqu’on lui proposait de renoncer à sa foi, disant alors : « Le patriarche des chrétiens doit mourir en chrétien ! » Peu après, une fois son successeur élu par les membres du saint Synode, il fut pendu au portail d’entrée du Patriarcat, qui depuis reste fermé en commémoration de ce sinistre événement. Au dernier moment, saint Grégoire leva les mains vers le ciel, bénit les chrétiens présents et dit : « Seigneur Jésus-Christ, reçois mon esprit ! » Pendant que les Turcs et les Juifs lançaient des pierres sur le cadavre du patriarche, le magistrat qui avait été chargé de l’exécution se tenait assis devant lui en fumant.

On laissa le corps exposé pendant trois jours, avec, suspendu au cou, le document contenant son chef d’accusation. Finalement des Juifs l’achetèrent pour 800 piastres et le traînèrent par les rues, au milieu des quolibets et des cris de triomphe, puis ils le jetèrent à la mer. Malgré la lourde pierre qu’on y avait attachée, il surnagea et fut récupéré par un navire grec sous pavillon russe, qui le déposa à Odessa. Vénérée par la foule pendant plusieurs jours, la sainte relique ne montra aucun signe de corruption. En 1871, à l’occasion du cinquantenaire de la Révolution grecque, le corps du saint patriarche fut transféré à Athènes et déposé avec les plus grands honneurs dans la métropole.




[1]. Tiré du Synaxaire du hiéromoine Macaire de Simonos Petras.

vendredi 21 avril 2017

Solidarité Kosovo a en ce début d'année financé les travaux de rénovation de deux écoles de montagne, dans le cadre de son opération lancée en novembre 2016. Arnaud Gouillon, directeur de l'association, s'est rendu au début du mois d'avril à ces deux inaugurations. Il raconte.

Inaugurer une école que Solidarité Kosovo a rénovée est toujours un moment très émouvant, qui justifie toutes les difficultés que peut causer la gestion quotidienne de travaux de grande envergue. Il me suffit de voir ces enfants sourire et de les écouter raconter comment leurs conditions de travail ont changé avec ces travaux pour retrouver une énergie incroyable et une envie d'en faire encore plus pour les Serbes des enclaves.

Ces deux inaugurations ont été particulièrement émouvantes, pour une raison très simple : ces deux écoles se trouvent dans deux zones montagneuses difficiles d'accès, l'une au Sud du Kosovo, l'autre au Nord. Élèves et professeurs y reçoivent donc encore moins de visite que la plupart des autres écoles que nous avions rénovées auparavant. Pour ma part, c'était la première fois que je me rendais dans ces deux enclaves, alors que j'ai, en douze ans, largement parcouru le Kosovo.

La première école que j'ai visitée, celle de Gornja Bitinja, près de Strpce, se situe à plus de 1000 mètres d'altitude et à plus de deux heures de voiture de Gracanica, dont une bonne moitié sur des petites routes défoncées par la neige qui recouvre la région plusieurs mois par an. En ce début d'avril, il en restait encore de larges plaques autour de l'école, et les sommets alentours étaient tous encore recouverts.

La centaine d'élèves qui y étudient viennent des montagnes alentours, où leurs parents vivent du travail de la terre. Ils vivent dans des conditions matérielles très rustiques, à cause du climat et de l'isolement.

L'école de Gornja Bitinja n'avait pas subi de travaux depuis près de 40 ans et était dans un piteux état. Les murs rongés par l'humidité laissaient passer des courants d'air frais, les toits fuyaient en plusieurs endroits, certaines fenêtres étaient réparées sommairement avec de l'adhésif. Dans les classes, les poêles à bois avaient noirci les plafonds et les fenêtres.
L'école de Gornja Bitinja après les travaux. Une rénovation complète qui devenait réellement indispensable : sans cela, l'école aurait sans doute dû fermer dans un ou deux ans, faute de pouvoir accueillir les enfants dans des conditions décentes.

L'école de Gornja Bitinja après les travaux. Une rénovation complète qui devenait réellement indispensable : sans cela, l'école aurait sans doute dû fermer dans un ou deux ans, faute de pouvoir accueillir les enfants dans des conditions décentes.
L'état de délabrement général rendait indispensable de procéder à une rénovation complète en une seule fois. En effet, rien ne sert par exemple de changer des fenêtres si le mur qui les soutient laisse passer l'air et si le chauffage ne marche pas. Si nous avions réalisé des travaux sur un point seulement, l'amélioration aurait été négligeable et les parties nouvellement rénovées se seraient usées à nouveau bien trop rapidement.

Nous avons donc changé toutes les portes et fenêtres, refait toute l'isolation de tout le bâtiment, réinstallé le chauffage central ainsi que des radiateurs dans toutes les pièces, rénové les façades avant de les repeindre et recouvert intégralement le toit. Ce chantier, réalisé par des artisans serbes du Kosovo, a coûté en tout 50000 euros. Un coût particulièrement élevé qui en dit long sur l'ampleur des travaux.

Une heure de spectacle proposé par les élèves

C'est dans cette école comme neuve que j'ai été magnifiquement accueilli au matin du 3 avril. Ces enfants qui ne voient presque jamais personne vivant à plus de 50 kilomètres de chez eux avaient l'occasion de fêter quelqu'un arrivant d'un pays situé à plus de 2000 kilomètres ! En apprenant ma venue, tous avaient demandé à me présenter quelque chose et n'avaient pas eu besoin d'insister pour que leurs professeurs acceptent.

À mon arrivée, tous les élèves et le personnel de l'école étaient réunis sur le grand escalier au centre de l'école, en face de la porte d'entrée. Je n'ai pu visiter l'école que plus d'une heure plus tard...

Pendant cette heure, certains ont dansé, vêtus du magnifique habit traditionnel de la région et accompagnés par les chants de tous les autres, enfants comme adultes. Ils avaient choisi les danses les plus joyeuses et les plus rythmées et j'ai vu ces enfants oublier quelques instants leur vie difficile et profiter d'un vrai moment de joie pure et innocente. Les professeurs eux aussi, qui ont comme tous les adultes du Kosovo le visage constamment marqués par les soucis et l'inquiétude, ont rapidement été pris à leur tour par cette joie simple, cette joie de voir leurs enfants danser avec enthousiasme ces danses que leurs ancêtres dansaient déjà plusieurs siècles auparavant, malgré d'autres soucis, sous d'autres occupations.

D'autres ont chanté, simplement accompagnés à la guitare par un de leurs professeurs, un chant mêlant comme souvent au Kosovo la joie et la douleur, la fierté et la peine, la paix et la guerre. Et ils chantaient, pour moi bien sûr, mais aussi – et peut-être d'abord – pour eux-mêmes et pour tout le Kosovo. Quand leurs voix se sont tues, un silence presque religieux a perduré pendant quelques secondes, avant que les applaudissement résonnent dans le hall d'entrée.

Dans l'école de Gornja Bitinja, les plus grands des élèves chantent un chant traditionnel du Kosovo en haut des marches du grand escalier de l'entrée.

Dans l'école de Zubin Potok, ces élèves rejouent un conte traditionnel de la région, dans des costumes magnifiques.
D'autres enfin ont lu des petits textes qu'ils avaient écrits. Des mots très simples, les plus grands n'ayant que 14 ans, mais plein de sincérité et parfois empreints d'une maturité trop importante pour des enfants de ces âges. L'un en particulier, en forme de poème, disait ceci :

"En classe d'Histoire, on nous apprend que les Français sont nos alliés depuis très longtemps. On le sait dans nos cœurs, même si parfois c'est difficile de le croire parce que la France a participé aux bombardements de l'Otan. Maintenant nous sommes sûrs que c'est vrai, par votre action nos doutes ont disparus : vraiment les Français sont nos amis, nous ne nous trompons pas quand nous le disons."

"Revenez nous voir !"

Quand on m'a demandé de prendre la parole, je n'ai su dire qu'une chose : "Les enfants, vous avez raison de croire en l'amitié entre nos deux peuples. Pas à cause de moi, mais à cause des milliers de personnes dont je suis l'ambassadeur auprès de vous, les donateurs qui ont financé les travaux de votre école mais aussi tous ceux qui nous envoient, chaque jour, des dizaines de messages pour nous assurer de leur soutien".

J'ai ensuite pu visiter l'école et observer le résultat des travaux avec le directeur de l'établissement. Un directeur très fier et très ému de me présenter son école, pour laquelle il se bat depuis des années. Après la visite, il m'a entrainé dans son bureau pour trinquer avec toute l'équipe et m'a à nouveau chargé de remercier tous nos donateurs en m'affirmant : "Sans ces travaux, nous aurions sans doute dû fermer l'école dans un ou deux ans. Les parents font de grands sacrifices pour que leurs enfants puissent venir étudier, et tous le font avec joie. Ça m'aurait déchiré le cœur de devoir leur annoncer qu'on ne pouvait plus accueillir nos élèves".

Grâce aux donateurs de solidarité Kosovo, les enfants de ces deux écoles travailleront maintenant dans de bonnes conditions.

Grâce aux donateurs de solidarité Kosovo, les enfants de ces deux écoles travailleront maintenant dans de bonnes conditions.
Le lendemain, j'étais à l'autre bout du Kosovo, dans le Nord, à une heure de voiture de Mitrovica, dans les montagnes entourant la ville de Zubin Potok, sur la rivière Ibar. Une autre région magnifique mais très isolée. Pas de neige ici mais des montagnes recouvertes de forêts.

L'accueil a été tout aussi somptueux et émouvant que la veille. Aux chants, danses et poèmes se sont ajoutées quelques scénettes de théâtre par lesquelles les enfants m'ont présenté les métiers traditionnels de la région, ceux qui permettent à leurs parents de vivre : travaux du bois principalement, même si bien entendu certains vivent aussi du travail de la terre. D'autres m'ont présenté des contes et légendes de la région ; tous avaient à cœur de me faire découvrir leur identité profonde, cette identité qui puise ses racines loin dans cette terre du Kosovo, cette identité qui fait qu'ils ne veulent pas partir, malgré là aussi des conditions de vie très difficiles.

Et sur les visages, j'ai vu cette même joie détendre pendant une heure ces visages habituellement marqués par l'angoisse. Pendant une heure, à nouveau, nous avons oublié les persécutions, les difficultés matérielles, la peur du lendemain.

Puis ce fut à nouveau la visite des travaux. Là aussi, il a fallu tout refaire de fond en combles : isolation, chauffage, peinture, fenêtres et portes, toilettes, chauffage central. Là aussi, ça faisait des dizaines d'années que rien n'avait été fait. Les travaux ont couté plus de 35000 euros.

Ces deux inaugurations ont été particulièrement émouvantes pour moi : chacun des enfants et des adultes que j'y ai rencontré a fait de son mieux pour m'accueillir comme un invité de marque, de façon encore plus flagrante que dans les autres écoles que Solidarité Kosovo a rénovées et que j'ai eu la joie d'inaugurer. Cela est dû à l'isolement dans lequel se trouvent ces écoles, qui transforme chaque visite en un événement exceptionnel.

Je pense que je me souviendrai longtemps des sourires de ces enfants, de ce qu'ils m'ont dit, de ce qu'ils ont chanté ou dansé pour moi. Et j'espère avoir l'occasion de répondre à la demande qui m'a été faite par plusieurs d'entre eux, à Zubin Potok comme à Gornja Bitinja : "Revenez nous voir, même s'il n'y a plus de travaux à faire dans notre école, même si vous ne pouvez rien nous apporter. Revenez nous voir !"

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Vous pouvez voir toutes les photos de ces deux inaugurations en cliquant sur une des images.

L'équipe de "Solidarité Kosovo"

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