"Dans la confusion de notre époque quand une centaine de voix contradictoires prétend parler au nom de l'Orthodoxie, il est essentiel de savoir à qui l'on peut faire confiance. Il ne suffit pas de prétendre parler au nom de l'Orthodoxie patristique, il faut être dans la pure tradition des saints Pères ... "
Père Seraphim (Rose) de bienheureuse mémoire

vendredi 19 janvier 2018

Saint Isaac le Syrien et alia



"Ne considérez pas comme un homme vraiment sage celui dont l'esprit est soumis à la peur à cause de la vie temporelle."

Saint Isaac le Syrien

*


"Réveille-toi! Le monde que tu adores ne fait que te flatter. La lourdeur de ta chair ne devrait pas te retenir loin de notre Sauveur - le Dieu des esprits et de toute chair. Si tu continues à somnoler, tu tomberas imperceptiblement sous l'influence des mauvais esprits, qui recherchent avec avidité la compagnie des pourceaux. Veille à ne pas dvenir possédé par un démon.

Saint Sébastien [Dabovitch]

*


"Méfiez-vous des attachements passionnés au monde. Bien qu'ils vous trompent parla paix et le confort, ils sont si éphémères que vous ne remarquez pas comment vous êtes privés d'eux, et à leur place viennent la tristesse, la nostalgie, le découragement, et aucun confort que ce soit. "

Saint Léonide d'Optina

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après

jeudi 18 janvier 2018

Saint Jérome: Paroles et actes des clercs!



Que vos actions ne soient jamais indignes de vos paroles, qu'il ne se produise pas que, lorsque vous prêchez à l'église, quelqu'un se dise: "Pourquoi n'agit-il donc pas ainsi?".

Comment un enseignant, à jeun, discute-t-il du jeûne? même un voleur peut blâmer l'avarice; mais chez le sacrificateur du Christ, l'esprit et les paroles doivent s'harmoniser. "

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
Saint-Jérôme
cité dans 

Sur orthodoxie.com/ « In Memoriam : père Placide Deseille » par le père Élie (Ragot)

Le 11 janvier dernier le père  l’archimandrite Élie, higoumène du monastère de la Transfiguration à Terrasson, a prononcé l’éloge funèbre du père Placide au nom de la communauté monastique de Simonos Petras lors des funérailles. Nous vous invitons à le lire ci-dessous :
« L’archimandrite Placide Deseille s’est donc endormi le 7 janvier 2018 dans sa 92ème année.
C’était pour lui et pour nous, le lendemain de la Théophanie, cette fête qu’il aimait par-dessus toutes, et donc le jour de la synaxe du Saint Précurseur et Baptiste Jean. Ce même jour mais selon l’Ancien calendrier julien en vigueur à la sainte Montagne de l’Athos se déroulaient les solennités de Noël. L’higoumène de notre monastère de Simonos Pétra était en train de célébrer l’office de commémoraison des défunts du monastère lorsque les moines reçurent le message leur annonçant le décès de père Placide. Ils purent ainsi nommer parmi ceux-ci le hiéromoine Placide de bienheureuse mémoire.
En 1966 le père Placide, alors moine cistercien, avait fondé un petit monastère de rite byzantin dans la forêt d’Aubazine, en Corrèze, avec l’aide de son compagnon de la toute première heure le père Séraphim. C’est là qu’en 1970 je suis revenu le rejoindre.
En 1977 nous entrions au monastère de Simonos Petra, sur la Sainte Montagne de l’Athos, en Grèce. Nous nous sommes attachés à l’Eglise orthodoxe puis devenus moines de cette communauté sous la direction spirituelle de l’archimandrite Aimilianos, faits hiéromoines (moines-prêtres) enfin avec la bénédiction de l’higoumène Aimilianos, renvoyés en France où nous allions fonder deux monastères sous la protection de Simonos Pétra (métochia): le 24 juin 1978 celui de la Transfiguration, à Martel, dans le Lot, où je devais préparer les lieux pour accueillir des moniales. Puis le 14 septembre de la même année, le monastère Saint Antoine le Grand, à Saint Laurent en Royans, dans la Drôme, où père Placide déplaçait avec père Séraphim leur fondation d’Aubazine où ils ne pouvaient plus rester. Le Monastère le la Transfiguration de Martel devrait déménager 13 ans plus tard à Terrasson-Lavilledieu où il se trouve toujours, alors que le Père Placide allait encore fonder une autre communauté monastique, féminine, à Saint Mémoire à côté de son monastère Saint- Antoine. Elle devrait elle aussi déménager à Solan, dans le Gard, où les sœurs gèrent un domaine viticole produisant du vin «bio» et militent activement pour la protection de la nature avec monsieur Pierre Rabhi.
Le père Placide a profondément marqué le monastère de la Transfiguration : par la formation et l’influence spirituelle qu’il a exercée sur moi pendant notre vie commune à Aubazine, mais aussi durant nos nombreux voyages d’alors dans les pays de tradition orthodoxes, et tout le temps de notre commune réflexion sur l’opportunité de choisir l’Orthodoxie, lors de notre séjour ensemble à la sainte Montagne de l’Athos en particulier.
Donc le père Placide s’en est allé vers le Père, mais sans nous quitter totalement : sa présence, comme celle de tous les défunts, continue, mais sous une autre forme qui n’est pas seulement dans notre souvenir, mais selon son corps spirituel, comme le dit Saint Paul dans sa seconde épître aux Corinthiens (4,14 ; 5,1-4).
Il me revient je crois, en tant que plus ancien compagnon de Père Placide avec le père Séraphim, de souligner trois ou quatre aspects particulièrement marquants de la personnalité de Géronda Placide. Ce ne peut être un bilan de sa vie ni de son œuvre ni de son rayonnement ; beaucoup d’autres mieux que moi sauront le faire et plus judicieusement.
C’est à la suite de la lecture de son premier livre «L’Evangile au désert» que j’ai eu la grâce providentielle de rencontrer le père Placide alors que je cherchais ma vocation. Ce n’est pas qu’une lapalissade de dire que tout ce que nous avons reçu de lui s’inscrit dans ce premier livre et dans sa dernière publication, le recueil d’un choix de ses homélies qui vient de paraître juste avant son trépas. Dans le premier, tout est déjà dit : à travers l’histoire du monachisme et de ses aléas il indique le fil directeur de la recherche de Dieu, les étapes et les principes de la vie spirituelle, les difficultés et les effets de la prière, le but de la vie chrétienne.
Dans sa dernière publication, il distille son enseignement au long des dimanches et des cycles festifs de l’année liturgique, il exhorte, encourage, montre la Voie, explique et commente les Ecritures selon l’interprétation des Pères, mais assimilées par son expérience personnelle et vécue idéalement dans la grande Tradition monastique universelle et ininterrompue.
Ainsi qu’il l’évoque dans sa courte autobiographie publiée récemment dans son ouvrage récent «De l’Orient à l’Occident, Orthodoxie et Catholicisme» (éd. des Syrtes, 2017) le père Placide était un homme de prière dès son enfance, prière qui selon lui se présente pour un moine sous deux formes : La prière communautaire qu’il a lui-même goûtée, chantée, ruminée et qui le nourrissait tant d’abord lors des offices cisterciens pendant la période qui précédait le concile catholique de Vatican II, puis dans les longs offices monastiques orthodoxes. Il en a gardé et développé l’amour tout au long de sa vie et a fait partager cet amour à beaucoup de ses enfants spirituels.
Quant à sa prière personnelle, il ne nous en a pas révélé les secrets intimes bien sûr. Mais ceux qui l’ont côtoyé savent à quel point elle était imprégnée des Psaumes et des hymnes de l’Eglise, hymnes unifiés, intégrés, personnalisés, intériorisés dans le silence de la Prière de Jésus et l’invocation du Nom, cette prière hésychaste que nous l’avons vu découvrir émerveillé.
Je me souviens de son enthousiasme quand, à la Sainte Montagne de l’Athos, Géronda Aimilianos nous montrait l’importance de la prière personnelle nocturne, ou lorsqu’il découvrait et traduisait quelque hymne acathiste ou autre paraclisis. Dès les années 60, il avait traduit l’admirable et riche acathiste du Buisson Ardent, du moine Daniel de Roumanie. A Aubazine, il nous les commentait en communauté ou dans la voiture lors de nos déplacements. Avec grande humilité il adoptait ces hymnes, et chaque verset, chaque expression, étaient l’occasion d’une large mais synthétique vision des Ecritures dont il nous révélait les «harmoniques» et les développements ou les implications dans la vie spirituelle et dans la perception de la «communion des saints» en Eglise. Par là, il nous initiait à entrer dans «les profondeurs du cœur» et à y trouver en la présence divine de Jésus tous les Membres de Son Corps. Par ces commentaires, il nous éduquait et nous invitait à la prière continuelle qu’il faisait sienne.
Le géronda Placide nous a aussi transmis sa sensibilité à la réalité profonde de l’Eglise, dison : au «Mystèr » de l’Eglise. Son charisme ne se manifestait pas en de grands développements de théologie spéculative – bien qu’il en eût été fort capable – mais il voyait, sentait et défendait l’expression de l’unité de l’Eglise – et sa condition – à travers l’unité de foi et l’unité sacramentelle. Il se raccrochait toujours à ce qui a été cru toujours et par tous, à ce qui a été universellement expérimenté dans la Liturgie et l’Office divin. Nous pouvons remarquer le souci qu’il a eu de nous transmettre le Psautier d’après la traduction des Septante et le soin qu’il a mis à traduire et à perfectionner inlassablement ces traductions, enrichies par les riches et multiples interprétations des Pères de l’Eglise.
Il faut relire l’introduction à sa traduction du Psautier et se reporter aux notes qui accompagnent des mots ou des expressions spécifiques, pour comprendre à quel point elles sont le fruit de sa propre manducation des Psaumes et des Ecritures qu’il nous transmet et nous révèle.
Après avoir évoqué sa vaste culture patristique, je voudrais aussi évoquer un autre aspect de notre père maintenant endormi : il avait une âme philocalique. N’avait-il pas projeté dans les années 70, de traduire en français et d’éditer avec l’aide de ses disciples la Philocalie ? Sa lecture des Pères et des grands spirituels n’était en rien de l’érudition, bien qu’il fut fin connaisseur, mais faisait de lui une authentique philocalie vivante. Elle l’amenait toujours à l’intime expérience de la vie spirituelle, c’est-à-dire de la vie en Dieu par la prière, l’ascèse et la contemplation, fruits de la foi, telle que les Pères neptiques la décrivent et vers laquelle ils nous orientent. C’est encore ce qu’il a voulu nous transmettre en mettant à notre portée par de fines et claires traductions «l’Echelle Sainte» de «Jean Climaque» et les «Discours ascétiques» d’Isaac le Syrien.
Alors qu’il était strict sur tous les points relatifs à la doctrine théologique et spirituelle de l’Eglise, le père Placide savait allier un sens profond de «l’économie» dans les conseils spirituels pour lesquels on le consultait, mais toujours au service de la recherche de Dieu.
En effet, tant pour lui-même que pour ceux qui se confiaient en lui, tout était au service non seulement d’une vie avec Dieu, mais d’une vie en Dieu. C’est ce qu’il nous montrait lorsque qu’il commentait le livre de Nicolas Cabasilas, «Ma vie en Christ». Peut être pourrions nous même dire que là résidait la raison profonde de sa conversion à l’Orthodoxie qui lui permettait de passer d’une vie avec Dieu et dans l’espérance, vivante dans la tradition latine et catholique, à une vie en Dieu à laquelle aspirent pour ici et maintenant les Orthodoxes – autant que leur faiblesse le leur permet – et que transmet consciemment leur Eglise.
Pour conclure mes propos, je voudrais encore ajouter que d’une certaine manière, père Placide a été un trait d’union entre l’Orient et l’Occident chrétiens. Il n’a jamais rien renié de l’Occident, mais il y a toujours recherché trouvé et exalté les racines orthodoxes présentes en Occident, y décelant jusqu’à aujourd’hui, et chez maintes personnes ce qui en est toujours vivace, nous invitant non seulement à les découvrir, mais à les développer et à les amener à leur transfiguration par l’expérience spirituelle et liturgique de l’Orthodoxie. C’est ainsi qu’il savait aider et conseiller de nombreux Catholiques attachés à leur tradition et ne souhaitant pas à en changer, par des lectures appropriées à leur tradition. Le père Placide servait toujours l’Eglise en révélant au monde occidental les richesses mystiques de la tradition spirituelle, théologique, littéraire, liturgique, artistique de l’Orthodoxie, et en montrant aussi au monde orthodoxe, souvent ignorant de ces choses depuis le Grand Schisme de 1054, les richesses de la grande Tradition latine et des ceux qui en vivent encore.
Avec l’aide de Dieu et l’intercession de père Placide, les membres des métochia, et les fidèles bénéficiaires du même héritage, vont poursuivre avec humilité la voie qu’il nous a montrée et qu’avait jadis bénie Géronda Aimilianos et maintenant encore son digne successeur Géronda Elisée.
Non, père Placide ne vous laisse pas, non il ne nous laisse pas orphelins, il demeure présent, mais autrement, et pas seulement à travers ses écrits ou nos souvenirs intimes ; c’est ce qu’ont ressenti beaucoup de ceux qui – nombreux – l’ont veillé filialement, avec foi, jour et nuit, avec les Psaumes et beaucoup de paix, depuis sont trépas jusqu’à ses funérailles.
Père Placide, merci!
Géronda, mémoire éternelle !
Archimandrite Elie »

mercredi 17 janvier 2018

Saint Basile le Grand: De la dignité cléricale



La dignité cléricale est une chose du passé. Il y a un manque total d'hommes guidant le troupeau du Seigneur avec la connaissance.

Les hommes ambitieux gaspillent constamment la provision pour les pauvres sur leur propre plaisir et la distribution des cadeaux. Il n'y a pas de connaissance précise des canons. Il y a une immunité complète dans le péché; car quand les hommes ont été mis en fonction par la faveur des hommes, ils sont obligés de rendre la faveur en montrant continuellement de l'indulgence aux délinquants. Le simple jugement est une chose du passé; et tout le monde marche selon le désir de son cœur. Le vice ne connaît pas de limites; les gens ne connaissent aucune retenue. Les hommes d'autorité ont peur de parler, car ceux qui ont atteint le pouvoir par l'intérêt humain sont les esclaves de ceux à qui ils doivent leur avancement. Et maintenant la justification même de l'Orthodoxie est considérée dans certains milieux comme une opportunité d'attaque mutuelle; et les hommes cachent leur mauvaise volonté privée et prétendent que leur hostilité est tout pour l'amour de la vérité. D'autres, effrayés d'être reconnus coupables de crimes honteux, enragent le peuple dans des querelles fratricides, afin que leurs propres actions puissent passer inaperçues dans la détresse générale. La guerre n'admet donc aucune trêve, car ceux qui ont commis des actes mauvais ont peur d'une paix, comme étant susceptibles de lever le voile de leur secrète infamie.

Pendant tout ce temps, les non-croyants rient; les hommes de faible foi sont ébranlés; la foi est incertaine; les âmes sont trempées dans l'ignorance, parce que les falsificateurs du Verbe imitent la vérité. La bouche des vrais croyants est muette, tandis que toute langue blasphématoire se libère; les choses saintes sont foulées aux pieds; les meilleurs laïcs évitent les églises comme écoles d'impiété; et lève leurs mains dans les déserts avec des soupirs et des larmes à leur Seigneur dans les cieux. 

Version française Claude lopez-Ginisty
d'après
Saint Basile le Grand, 
Lettre # 92, 
"Aux Italiens et aux Gaulois"
in

mardi 16 janvier 2018

Sur le blog de Maxime: L'ÉGLISE CORPS DU CHRIST par St Syméon le nouveau Théologien

Le Corps du Christ

"Quand l'Église fut primordialement fondée, Notre Seigneur l'a comparée à une graine, et en effet, elle était bien minime, puisqu'en tout elle comptait douze apôtres. mais petit à petit la graine poussa, devint un grand arbre et actuellement les disciples du Christ sur la terre se comptent par millions. Puisque pour ceux qui croient au Seigneur, la mort n'est pas une destruction complète, mais un retour dans leur patrie et une union plus intime avec la Divinité, il faut additionner ces millions de Chrétiens qui depuis la fondation de la Chrétienté ont vécu et sont morts en chrétiens avec ces millions disciples   fidèles qui vivent actuellement sur terre qui ont le Christ pour Chef "dont tout le corps assisté et solidement  assemblé par des jointures et des liens tire l'accroissement que Dieu donne" (Col. 2,19)
in Catéchisme des grecs orthodoxes
par P. Constantin Callinicos


"Les attributs de l'Église indiqués dans le symbole de la foi, «une, sainte, catholique et apostolique», se réfèrent à l'Église militante. Cependant, ils reçoivent leur pleine signification avec la conscience de l'unité de cette Église avec l'Église céleste dans le seul Corps du Christ : l'Église est une, avec une unité à la fois céleste et terrestre; elle est sainte avec une sainteté céleste et terrestre; elle est catholique et apostolique par son lien ininterrompue avec les apôtres et tous les saints. "
Archiprêtre Michael Pomazansky (source)
LIRE LA SUITE 

dimanche 14 janvier 2018

FEUILLETS LITURGIQUES DE LA CATHÉDRALE DE L’EXALTATION DE LA SAINTE CROIX

1/14 janvier
32ème dimanche après la Pentecôte

Circoncision selon la chair de Notre Seigneur, Dieu et Sauveur Jésus-Christ. Saint Basile le Grand, archevêque de Césarée en Cappadoce (379) ; saint martyr Basile d’Ancyre (vers 362) ; sainte Émilie, mère de saint Basile le Grand (IVème s.) ; saint Grégoire, évêque de Nazianze, père de saint Grégoire le Théologien (374) ; saint Oyend, abbé du monastère de Condat dans le Jura (vers 510) ; saint Pierre du Péloponnèse, néo-martyr grec (1776) ; saints nouveaux martyrs de Russie : Jérémie (Leonov), moine (1918) ; Platon, évêque de Revel et avec lui Michel (Bleïvé) et Nicolas (Blejanitsky), prêtres (1919), Alexandre, archevêque de Samar, et avec lui Jean (Smirnov), Alexandre (Ivanov), Jean (Souldine), Alexandre (Organov), Vyatcheslav (Invantov), Basile (Vitievsky) et Jacques (Alferov), prêtres (1938).

Liturgie de saint Basile le Grand
Lectures : Dimanche avant la Théophanie : 2 Тim. IV, 5-8 ;  Мc. I, 1-8  ; Circoncision: Col. II, 8-12 ; Lc. II, 20-21, 40-52

LA CIRCONCISION DE NOTRE SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST
H
uit jours après la naissance du Sauveur, ses parents le firent circoncire (Lc 2, 21), conformément à l’ordre donné par Dieu à Abraham au moment où Il lui promit d’établir une alliance éternelle avec lui et toute sa descendance : Et voici mon alliance qui sera observée entre Moi et vous : c’est-à-dire ta race après toi (…) quand ils auront huit jours tous vos mâles seront circoncis de génération en génération (Gn 17, 10-12). Celui-là même qui, par amour des hommes, a accepté de revêtir la nature humaine qu’il a créée, a poussé la compassion jusqu’à assumer celle-ci dans son état déchu et corrompu, sans toutefois se soumettre au péché. Par le retranchement de ce morceau de peau morte, symbole de la mortalité des hommes pécheurs, Lui, le Pur, le sans-péché, acceptait de recevoir le signe de la réconciliation qu’en tant que Dieu et Auteur de la Loi Il avait Lui-même instituée. Dès son arrivée sur la terre, Il se soumet humblement au précepte de la Loi, montrant ainsi que les figures obscures trouvent en lui leur accomplissement. Les quelques gouttes de sang qu’Il verse en ce jour sont le prélude du sang qu’Il va bientôt verser sur la Croix pour laver les péchés du monde et nous délivrer de notre condamnation ; c’est pourquoi, avec la circoncision du Seigneur, c’est en fait le mystère complet de notre Rédemption que nous commémorons. Aujourd’hui, par la circoncision du Second Adam, prend fin la circoncision charnelle de l’ancienne Alliance, et la Nouvelle et véritable Alliance, marquée par une circoncision spirituelle, est inaugurée par son sang. Le baptême chrétien constitue cette véritable circoncision spirituelle, ce signe de l’appartenance au peuple nouveau, non plus par le retranchement d’un morceau de peau morte, mais par l’affranchissement de la mort elle-même accomplie par la communion à la mort et à la Résurrection vivifiantes du Seigneur. Pour cette raison, saint Paul et les Apôtres se sont opposés avec énergie à ceux qui voulaient contraindre les convertis venus du paganisme à se faire circoncire (Act 15, 5-30 ; 1 Cor 7, 18-19 ; Gal 2, 6 et 6, 15). C’est en Lui (le Christ), dit-il, que vous avez été circoncis d’une circoncision qui n’est pas de main d’homme (...) telle est la circoncision du Christ : ensevelis avec lui lors du baptême, vous en êtes aussi ressuscités avec lui, parce que vous avez cru en la force de Dieu qui l’a ressuscité des morts (Col 2, 1 1-12). En effet dans le Christ Jésus ni circoncision ni incirconcision, mais seulement la foi opérant par la charité (Gal 5, 6). En mettant un terme au précepte de l’Ancienne Alliance par sa propre circoncision, le Christ nous appelait donc à la circoncision du cœur, au renouvellement spirituel, qu’Il avait déjà annoncé par ses prophètes (Jr 4, 4 ; Rm 2, 25-29). C’est également sous forme de prophétie que Dieu avait ordonné à Abraham de pratiquer la circoncision de la chair une fois accomplis les sept premiers jours de la vie de l’enfant, symbole de l’ensemble du déroulement du temps (Gn 1). Le huitième jour figurait donc le passage au-delà du temps de ce monde de mort vers la vie éternelle, qui nous a été ouvert par la Résurrection du Seigneur le « huitième » jour de la semaine, lequel est également le premier et unique jour de la vie sans fin et sans changement. En étant circoncis le huitième jour après sa naissance, le Christ nous annonçait donc sa Résurrection et notre délivrance finale. Conformément à l’usage, Joseph, en ce jour,  donna à l’enfant le nom que l’Ange de Dieu lui avait indiqué à (Mt 1, 21 ; Lc 1, 31) : JÉSUS, c’est-à-dire Sauveur. Par ce seul nom était ainsi révélée sa mission sur la terre, ce pourquoi le Dieu éternel et Créateur s’est fait homme. Le nom de JÉSUS résume et exprime tout le mystère de notre Salut. Plus qu’un mot conventionnel, il rend mystérieusement présente la Personne elle-même du Sauveur, dans toute sa puissance triomphante. Ainsi Dieu l’a-t-il exalté et lui a-t-il donné le Nom qui est au-dessus de tout nom, pour que tout au nom de Jésus, s’agenouille, au plus haut des cieux, sur la terre et dans les enfers, et que toute langue proclame de Jésus-Christ qu’il est SEIGNEUR à la gloire de Dieu le Père (Phil 2, 9-11). Comme le montre d’innombrables exemples dans la sainte Écriture (Act 3, 6 ; 4, 7, 10, 30 ; 10, 43 ; 16, 18 ; 19, 13, etc.) et dans les Vies des saints, c’est par le Nom de Jésus invoqué avec foi que les miracles s’accomplissent, que les démons et les forces de la mort prennent la fuite, comme brûlés par le feu de sa divinité, conformément à sa promesse : Et tout ce que vous demanderez en mon Nom, je le ferai… (Jn 14, 13). C’est pourquoi, les chrétiens orthodoxes, témoins de ce Nom qui procure la Vie (Jn 20, 31), se doivent de tout faire au nom de Jésus : Quoi que vous puissiez dire ou faire, que ce soit toujours au nom du Seigneur Jésus, rendant par Lui grâce au Père (Col 3, 17). En répétant sans cesse, en toutes circonstances et à chaque respiration la sainte prière : « Seigneur Jésus-Christ, aie pitié de moi pécheur ! » ce sera la Personne même de notre Seigneur qui habitera nos pensées, qui inspirera notre conduite, qui purifiera nos passions et qui, trouvant peu à peu une demeure stable dans notre cœur, fera alors resplendir en nous la Lumière divine de sa Face. La commémoration de la Circoncision, le huitième jour après la Nativité, est donc aussi la fête du saint Nom de Jésus et de la prière qui nous procure la grâce de son Esprit Saint.
(Tiré du Synaxaire du hiéromoine Macaire de Simonos Petras)
Tropaire du dimanche, 7ème ton
Pазрyши́лъ ecи́ Кресто́мъ Tвои́мъ сме́рть, отве́рзлъ ecи́ разбо́йнику pа́й, мироно́сицамъ пла́чь преложи́лъ ecи́ и aпо́столомъ проповѣ́дати повелѣ́лъ ecи́, я́ко воскре́слъ ecи́, Xpистé Бо́же, да́руяй мípoви вéлiю ми́лость.
Tu as détruit la mort par Ta Croix, Tu as ouvert le paradis au larron,  Tu as transformé le pleur des myrophores, et ordonné à Tes Apôtres de prêcher que Tu es ressuscité,  Christ Dieu, accordant au monde la grande miséricorde.

Tropaire de la Circoncision, tropaire ton 1
На престо́лѣ огнезра́чнѣмъ въ вы́шнихъ сѣдя́й со Отце́мъ Безнача́льнымъ и Боже́ственнымъ Твои́мъ Ду́хомъ, благоволи́лъ еси́ роди́тися на земли́ отъ Отрокови́цы Неискусому́жныя, Твоея́ Ма́тере, Іису́се, сего́ ра́ди и обрѣ́занъ бы́лъ еси́, я́ко Человѣ́къ осмодне́вный. Сла́ва всеблаго́му Твоему́ совѣ́ту, сла́ва смотре́нію Твоему́, сла́ва снизхожде́нію Твоему́, Еди́не Человѣколю́бче.
Sans changement tu assumas la condition humaine, étant Dieu par nature, Seigneur compatissant; pour accomplir le précepte de la Loi, tu as voulu subir la circoncision de la chair afin de dissiper les ténèbres et d'arracher le voile où s'enveloppent nos passions. Gloire à ton immense bonté,  gloire à ta miséricorde, ô Verbe de Dieu,  gloire à l'ineffable tendresse qui t'a fait descendre jusqu'à nous.

Tropaire de saint Basile, ton 1
Во всю́ зе́млю изы́де вѣща́ніе твое́, я́ко пріе́мшую сло́во твое́, и́мже боголѣ́пно научи́лъ еси́, естество́ су́щихъ уясни́лъ еси́, человѣ́ческія обы́чаи украси́лъ еси́, ца́рское свяще́ніе, о́тче преподо́бне, моли́ Христа́ Бо́га спасти́ся душа́мъ на́шимъ.
Par toute la terre ton message s'est répandu et ta parole fut reçue dans tout l'univers; par elle tu as enseigné les divines vérités, expliqué la nature des êtres et redressé la conduite des humains; Père saint, Pontife au nom royal, prie le Christ notre Dieu pour le salut de nos âmes.
Kondakion de saint Basile le Grand, ton 4
Яви́лся еси́ основа́ніе непоколеби́мое Це́ркве, подая́ всѣ́мъ некрадо́мое госпо́дьство человѣ́комъ, запечатлѣ́я твои́ми велѣ́ньми, небоявле́нне Васи́ліе преподо́бне.
Pour l'Église tu t'es montré comme inébranlable fondement, faisant part à tout mortel de l'inscrutable Seigneurie  et la marquant du sceau de tes enseignements, vénérable Basile, révélateur du ciel.

Kondakion de la Circoncision, ton 3
Всѣ́хъ Госпо́дь обрѣ́заніе терпи́тъ и человѣ́ческая прегрѣше́нія, я́ко Бла́гъ, обрѣ́зуетъ, дае́тъ спасе́ніе дне́сь мíру. Ра́дуется же въ вы́шнихъ и Созда́телевъ іера́рхъ, и свѣтоно́сный, боже́ственный таи́нникъ Христо́въ Васи́лій.
Le Seigneur de l'univers daigne subir la circoncision et retranche, dans sa bonté,  les fautes qui couvraient l'humanité; en ce jour il donne au monde le salut. Au plus haut des cieux se réjouit le pontife du Créateur, l'initiateur des divins mystères, saint Basile le Grand, qui porte la lumière du Christ notre Dieu.

Au lieu de « Il est digne en vérité... », ton 8
О Teбѣ́  páдуeтся, Благода́тная, вся́кая твápь, Áнгельскій coбópъ и человѣ́ческiй póдъ, ocвяще́нный xpáме и paю́ слове́сный, дѣ́вственнaя пoxвaлó, изъ Heя́же Бо́гъ воплоти́cя, и Mладе́нецъ бы́́сть, пpéжде вѣ́къ сы́й Бо́гъ  нáшъ; Ложесна́ бо Tвоя́ пpecто́лъ coтвopи́, и чpéво Tвое́ простра́ннѣe небécъ coдѣ́лa. О Teбѣ́ páдуeтся Благода́тная, вся́кая твápь, cлáва Teбѣ́.
En Toi se réjouissent ô Pleine de Grâce, toute la création, le chœur des anges et le genre humain. O Temple sanctifié, ô paradis spirituel, ô Gloire virginale, c’est en Toi que Dieu s’est incarné, en Toi qu’est devenu Petit Enfant Celui qui est notre Dieu avant tous les siècles. De Ton sein, Il a fait un trône plus vaste que les cieux. O Pleine de Grâce, toute la création se réjouit en Toi. Gloire à Toi.

VIE DE SAINT BASILE LE GRAND
Saint Basile le Grand naquit à l’époque de l’empereur Constantin. Alors qu’il n’était pas encore baptisé, il passa quinze ans à Athènes, où il étudia la philosophie, la rhétorique, l’astronomie et toutes les autres disciplines séculières de son temps. Ses camarades d’école étaient Grégoire le Théologien et Julien, qui devait devenir plus tard Julien l’Apostat. Ayant atteint la maturité, il se fit baptiser dans le Jourdain, en compagnie de son vieux maître Eubule. Il fut évêque de Césarée, en Cappadoce, durant près de dix ans, et mourut à l’âge de cinquante ans. Grand défenseur de l’Orthodoxie, grande lumière de pureté morale et de zèle religieux, grand esprit théologique, grand bâtisseur et pilier de l’Église de Dieu, Basile a pleinement mérité son titre de « Grand ». Dans l’office établi pour sa fête, il est appelé « abeille de l’Église du Christ », qui apporte du miel aux fidèles tout en piquant de son dard les hérétiques. On a conservé d’innombrables ouvrages de ce Père de l’Église, de caractère théologique, apologétique, sur l’ascèse et les canons. Il y a aussi la Liturgie qui porte son nom. Cette Liturgie est chantée dix fois par an : le 1er janvier, la veille de la Nativité et de la Théophanie (sous réserve de certaines exceptions), tous les dimanches du Grand Carême (à l’exception des Rameaux), le Jeudi Saint et le Samedi Saint. Saint Basile quitta paisiblement cette existence le 1er janvier 379, pour rejoindre le Royaume du Christ.
(Tiré du « Prologue d’Ohrid » de St Nicolas Vélimirovitch, Tome I, L’Âge d’Homme 2009)


CHAQUE JOUR, SUR LE SITE Orthodoxie.com DANS LA RUBRIQUE « VIVRE AVEC L’ÉGLISE » : LISTE DES SAINTS COMMÉMORES (DONT LES SAINTS ORTHODOXES OCCIDENTAUX), TROPAIRES, KONDAKIA, ÉPITRE ET ÉVANGILE DU JOUR.

samedi 13 janvier 2018

Sur Parlons d'Orthodoxie: « Nous nous heurtons à bien des difficultés » déclare Métropolite de Tallinn et de toute l’Estonie, Cornélius



Le primat estonien compare la situation en Estonie à celle de l’Ukraine. 

Au début de la Nouvelle année, les autorités d’Estonie ont donné un signal clair aux croyants : ils seront désormais classés selon le critère « ami vs ennemi ». Le gouvernement vient d’attribuer des subventions substantielles, à l’échelle locale, à l’Église évangélique luthérienne et à l’Église orthodoxe apostolique estonienne, créée par le patriarcat de Constantinople. 

Par contre la très nombreuse communauté du patriarcat de Moscou n’a, comme d’habitude, rien reçu. Tel est le contenu d’une dépêche spéciale de RIA Novosti. 

À ses « amis » le Tallin officiel a accordé ces fonds « à titre de dotations non soumises à remboursement pour dédommagement aux Églises des pertes subies durant la guerre et l’occupation. » 

On comprend, selon cette logique, qu’il était impossible d’inclure parmi les bénéficiaires une organisation religieuse qui comporte dans son intitulé le nom de la capitale de « l’état agresseur », surtout si l’on oublie que cette église était elle-même victime de répressions de la part du pouvoir soviétique tant honni des autorités estoniennes. 


Comme le précisent les médias locaux, ces subventions ont été accordées à la demande des organisations religieuses bénéficiaires et seront consacrées à la restauration de bâtiments existants ou à l’achat de nouveaux bâtiments. L’Église orthodoxe d’Estonie – patriarcat de Moscou – a indiqué à RIA Novosti ne pas avoir sollicité de telles subventions auprès des autorités locales. 

« Nous ne sommes pas demandeur de telles subventions », assure le primat de l’Église d’Estonie. 

Selon lui, l’Église orthodoxe d’Estonie – patriarcat de Moscou – ne reçoit aucune dotation du gouvernement estonien. C’est parfois le Conseil des Église d’Estonie et certaines municipalités qui apportent une aide financière, comme, par exemple, pour la restauration de l’église en bois de la Vierge-de-Kazan de Tallin, l’une des plus anciennes d’Europe. 

Fin novembre, au cours concile épiscopal, le patriarche Cyrille a stigmatisé la situation complexe en Estonie. Bien que, selon lui, les gouvernants de ce pays « s’efforcent d’entretenir des relations constructives avec l’Église », de nombreux problèmes restent non résolus, comme, par exemple, celui du schisme qui s’est, produit au début du XXe siècle. 

En 1920, le patriarche Tikhon a offert à l’Église d’Estonie une grande autonomie. Et pourtant, deux ans plus tard, le clergé du pays, rompant tout lien avec la Russie soviétique, a demandé au patriarche de Constantinople d’accorder à leur Église l’autocéphalie, c’est-à-dire une indépendance totale. Ce désir ne s’est pas concrétisé. Alors a été créée l’Église orthodoxe apostolique estonienne qui est autonome. 

Quand l’Estonie est entrée dans l’URSS, le clergé estonien a été intégré au patriarcat de Moscou. Mais en 1993, le patriarche Alexis II a rendu son autonomie à l’Église d’Estonie, ce qui de facto l’a rendue administrativement et financièrement indépendante de Moscou. Mais les autorités locales s’entêtent à ne reconnaître comme légale que l’Église orthodoxe apostolique estonienne, bien qu’elle n’aie pratiquement pas de fidèles. 

« J’ai été témoin de la visite du patriarche Bartholomée de Constantinople en Estonie. Le troisième jour de son séjour, il a demandé au primat de l’Église orthodoxe apostolique estonienne : „Qu’est-ce que ces deux autocars qui me suivent partout ? Et pouvez-vous me montrer de vrais fidèles ?” », se souvient Lioudmila, une fidèle l’Église orthodoxe estonienne. 

La création de cette Église artificielle a entraîné une détérioration des relations entre Moscou et Constantinople. La reconnaissance officielle de l’Église orthodoxe estonienne – patriarcat de Moscou – n’est intervenue qu’en 2002, ce qui d’ailleurs, n’a pas vraiment changé grand-chose. 

« L’Église orthodoxe estonienne – patriarcat de Moscou – se heurte à bien des difficultés : de nombreuses églises dans lesquelles nous célébrons la divine liturgie appartiennent à l’État estonien, nous n’en sommes que locataires, et ça ne change pas », regrette le primat de l’Église orthodoxe estonienne – patriarcat de Moscou. 

Les paroissiens se plaignent de l’hystérie russophobe des autorités et des médias qui entrave considérablement leur vie quotidienne. 

« Le vieil adage selon lequel tous les membres du clergé sont des agents du FSB, est dans la vie courante solidement entretenu par les tenants des églises concurrentes de l’Église orthodoxe estonienne – patriarcat de Moscou – auprès des fidèles. Et, bien sûr, sert à de nombreux politiciens pour augmenter leur popularité. Les personnages officiels n’en parlent jamais, mais les semi-officiels, comme le recteur d’un établissement d’enseignement supérieur ou un vice-ministre de troisième rang, y vont de bon cœur », affirme Nicolas, habitant de Tallin et fidèle de l’Église orthodoxe estonienne. 

C’est, toujours selon lui, la raison pour laquelle il n’y a aucune relation entre l’Église orthodoxe estonienne – patriarcat de Moscou – et l’Église orthodoxe apostolique estonienne ; ce qui est une situation unique dans les pays baltes, il n’y a de problème semblable ni en Lituanie, ni en Lettonie. 

Le Métropolite de Talinn et de toute l’Estonie, Cornélius compare la situation avec celle de l’Ukraine : dans les cas le scénario est identique, deux organisations religieuses s’affrontent avec le soutien silencieux des autorités. Et, bien sûr, c’est la faute des « agents du Kremlin » en soutane. À en juger par le fait que les autorités ignorent les problèmes que rencontrent les 150 000 fidèles de l’Église orthodoxe estonienne – patriarcat de Moscou – au regard des 20 000 de l’Église orthodoxe apostolique estonienne, on comprend que le problème du transfert des églises, y compris par la force « pour le moins », peut devenir réel. 


Source : Russkaja narodnaja linija Traduction pour "PO" 

Voir aussi https://www.egliserusse.eu/blogdiscussion/L-Archipretre-Igor-Prekoup-A-propos-des-problemes-de-l-orthodoxie-en-Estonie_a3172.html

vendredi 12 janvier 2018

Sur le blog saint Materne: Père Placide (Deseille), l'Occident, la Liturgie et l'amour (RIP 07.01.2018)

 une croix au monastère de père Placide, en 2007...

Décès de l’archimandrite Placide Deseille:
https://orthodoxie.com/deces-de-larchimandrite-placide-deseille/


Requiem aeternam dona ei, Domine, et lux perpetua luceat ei. Requiescat in pace. Amen

Certes, avec sa naissance au Ciel, spirituellement on y gagne, si on veut, mais quelle "locomotive" l'Église perd avec sa disparition, alors que tant de "freins" et de "mauvais aiguillages" y sont aux commandes un peu partout, et tant de brebis égarées dans la nature. Kyrie eleison.







Père Placide et la Liturgie de l'Occident d'avant la chute
Le père Placide Deseille en fait une lecture très intéressante dans sa passionnante autobiographie spirituelle "Étapes d'un pèlerinage" (Monastère St-Antoine-le-Grand - Monastère de Solan, en ligne sur http://www.pagesorthodoxes.net/foi-orthodoxe/temoignage-placide-deseille.htm#_ftnref20)

LA LITURGIE QUE L’OCCIDENT PRATIQUAIT A L’EPOQUE OU IL N’AVAIT PAS ROMPU LA COMMUNION AVEC L’ORIENT.

"J’aimais beaucoup la liturgie latine," écrit le père Placide lorsqu'il parle des son premier contact avec l'Orthodoxie dans les années 1950. Et il continue: "La connaissance de la liturgie orthodoxe, que je venais de découvrir avec émerveillement à Saint-Serge, me faisait prendre une vive conscience des richesses analogues, quoique plus cachées, que recelait la liturgie latine traditionnelle, et m’incitait à en vivre avec plus d’intensité. La liturgie de la Trappe était d’ailleurs, sauf quelques additions tardives facilement décelables et qui n’avaient pas déteint sur l’ensemble, identique à la liturgie que l’Occident pratiquait à l’époque où il n’avait pas rompu la communion avec l’Orient. A la différence de la liturgie byzantine, elle se composait presque exclusivement de textes bibliques, ce qui pouvait au premier abord donner une impression de sécheresse. Mais ces textes étaient admirablement choisis, le déroulement de l’année liturgique était parfaitement harmonieux, et les rites, malgré leur sobriété, étaient chargés d’une grande richesse de sens. Si on se donnait la peine, en dehors des offices, au cours de ces heures de lectio divina si caractéristiques de l’ancienne spiritualité monastique d’Occident, d’acquérir une connaissance « par le cœur » de la Bible et des interprétations que les Pères en avaient données, la célébration de l’Office divin acquérait, avec la grâce de Dieu, une saveur et une plénitude admirables."

DU CONCILE VATICAN II AUX RITES ORIENTAUX.

Le père Placide accueillit "avec beaucoup de joie". Il espérait "une revivification des structures et des institutions de l’Eglise romaine par un retour à l’esprit et à la doctrine des Pères". Mais il s'aperçut que "c’était un processus inverse qui, sur bien des points, se dessinait ... Jusque-là, une assez grande part des institutions anciennes, et surtout la liturgie traditionnelle de l’Occident, avaient pu subsister malgré diverses altérations, parce que le catholicisme, régi par un pouvoir central fort et universellement respecté, les avait maintenues par voie d’autorité. Mais, dans une très large mesure, les fidèles, et plus encore les clercs, en avaient perdu le sens profond. Avec le Concile, la pression de l’autorité s’affaiblit ; il était logique que ce dont le sens était perdu finisse par s’effondrer, et que l’on soit amené à reconstruire sur de nouvelles bases, conformes à ce qu’était devenu depuis plusieurs siècles, ou devenait maintenant, l’esprit du Catholicisme romain."

Déçu par l'évolution post-conciliaire, le père Placide se tourne vers les Pères, l’Eglise ancienne, et "cette Orthodoxie que j’aimais, sans pressentir encore qu’elle pût être purement et simplement l’Eglise du Christ dans toute sa plénitude" et s'intéresse aux rites orientaux: " L’uniatisme avait été conçu par Rome comme un moyen d’amener les Orthodoxes à la foi et à l’unité romaines, sans les obliger à renoncer à leurs usages. Le développement de l’œcuménisme dans le monde catholique tendait à rendre cette perspective caduque. Mais ne pouvait-on pas espérer que la présence et le témoignage des catholiques de rite oriental contribuerait à ramener l’ensemble de l’Eglise romaine à la plénitude de la Tradition ? Les interventions lucides et courageuses de certains hiérarques melkites au Concile donnaient quelque consistance à cette espérance."

TRADITION BYZANTINE ET PROBLEME DE L'UNIATISME

Le père Placide ne s'intéresse pas au côté "oriental" de la tradition byzantine mais à sa fidélité aux Pères: "Je ne me suis jamais senti « oriental », ni attiré à le devenir. Mais la pratique de la liturgie byzantine me semblait être le moyen le mieux adapté, en l’état actuel des choses, pour entrer dans la plénitude de la tradition patristique d’une façon qui ne soit pas scolaire et intellectuelle, mais vitale et concrète. La liturgie byzantine m’est toujours apparue beaucoup moins comme une liturgie orientale, que comme la seule tradition liturgique existante dont on puisse dire : « Elle n’a rien fait d’autre que d’incorporer intimement dans la vie liturgique la grande théologie élaborée par les Pères et les conciles jusqu’au IXème siècle. En elle se chante l’action de grâces de l’Eglise triomphant des hérésies, la grande doxologie de la théologie trinitaire et christologique de saint Athanase, des Cappadociens, de saint Jean Chrysostome, de saint Cyrille d’Alexandrie, de saint Maxime. En elle transparaît la spiritualité des grands courants monastiques depuis les Pères du Désert, Evagre, Cassien, les moines du Sinaï, jusqu’à ceux du Studion, et, plus tard, de l’Athos... En elle, enfin, le monde entier, transfiguré par la présence de la gloire divine, se dévoile dans une dimension proprement eschatologique.» (In M.-J. LE GUILLOU, L’esprit de l’Orthodoxie grecque et russe, Paris 1961, pp. 47-48. Citation du père Placide)

Toutefois le père Placide constate alors "à quel point les Eglises uniates étaient coupées de leurs racines et de leur propre tradition, et n’occupaient dans l’Eglise catholique romaine qu’une position très marginale. Même lorsque les Uniates reproduisaient aussi exactement que possible les formes extérieures de la liturgie et du monachisme orthodoxes, l’esprit qui animait leurs réalisations était très différent." Et aussi que "le risque était grand, dès lors, de ne suivre, sous le couvert de l’appartenance « orientale », que des conceptions subjectives qui ne seraient ni catholiques, ni orthodoxes, et laisseraient le champ libre aux fantaisies individuelles, aux abus et aux illusions."

VERS L'ORTHODOXIE

Faisant ainsi le constat que l'uniatisme était une voie sans issue le père Placide constate aussi que l’évolution postconciliaire de l’Eglise romaine se poursuit, "la mutation la plus symptomatique étant sans doute celle de la liturgie" et il cite "l’un des hommes qui ont été le plus mêlés à ces réformes, le Père Joseph Gelineau: « [Après Vatican II,] c’est une autre liturgie de la messe. Il faut le dire sans ambages : le rite romain tel que nous l’avons connu n’existe plus. Il est détruit.» (In. J. GELINEAU, Demain la Liturgie, Paris 1976, p. 10. Citation p. Placide.) Et "très progressivement" il parvient à la conviction "que l’Eglise orthodoxe est l’Eglise du Christ en sa plénitude," malgré son expérience à la Trappe, où il avait encore connu la tradition latine dans une de ses expressions les plus pures, bien sauvegardée jusqu’à une date très récente," et sa perception de "tout ce qu’il y avait de christianisme authentique, – je serais porté à dire maintenant : de réels éléments d’orthodoxie – chez les catholiques romains."

(*)L'Archimandrite Placide (Deseille), né en 1926, entre l’abbaye cistercienne de Bellefontaine en 1942 à l'âge de seize ans. À la recherche des sources authentiques du christianisme et du monachisme, il fonde en 1966 avec des amis moines un monastère de rite byzantin à Aubazine en Corrèze. En 1977 les moines décident de devenir orthodoxes. Ils sont reçus dans l’Église orthodoxe le 19 juin 1977 et en février 1978, ils deviennent moines du monastère de Simonos Petra au Mont Athos. Rentré en France peu après, père Placide fonde le monastère Saint-Antoine-le-Grand, à Saint-Laurent-en-Royans (Drôme) dans le Vercors, et en devient l'higoumène. Il a enseigné la patristique à l'Institut de théologie orthodoxe Saint-Serge. Fondateur de la collection « Spiritualité orientale » aux éditions de l'abbaye de Bellefontaine, il est l'auteur et le traducteur de plusieurs ouvrages sur la spiritualité et le monachisme orthodoxes (liste sur http://monasteresaintantoine.fr/ )






https://editions-syrtes.com/produit/de-l-orient-a-l-occident-placide/




Père Placide et l'amour qui transfigure la "loi"
Ainsi était Père Placide ! « La charité accomplit la loi »
« Le second évènement qui accéléra l’accomplissement de mon destin fut l’arrivée d’un gâteau ! Ma chère mère, ayant obtenu ma nouvelle adresse, m’envoya par la poste une de ces merveilles faite de chocolat noir, de beurre, de sucre, de cannelle, d’œufs, de farine et d'amandes effilées que les anglo-saxon nomment un brownie. La rigueur de notre vie rendit l’arrivée de cette « gâterie » semblable à celle d’un ange dans la fournaise de Babylone. Je fus si touché par cette marque de délicatesse que je voulus en faire profiter mes frères. Ce matin là, les pères Placide et Séraphin étant sortis, les novices se retrouvèrent donc à table, livrés à eux-mêmes. La coutume athonite voulait que le plus ancien dans la vie monastique, quelque soit son âge ou son statut ecclésial, remplaçât le hiéronda. Or, le plus ancien de la communauté était le terrible Ephrem, un jeune homme sec et nerveux, qui avait pour habitude de triturer du bout des doigts une barbichette ridicule qui poussait chichement sur son faciès imberbe. Ephrem savait tout, avait tout lu, tout vu, tout dit. Breton d’origine, il envoyait par milliers les hérétiques en enfer et projetait, dans les années à venir, la conversion du pays Bigouden à l’Orthodoxie byzantine. Durant les offices, il s’indignait en poussant des petits cris lorsqu’un malheureux novice avait le malheur de confondre, dans l’extraordinaire labyrinthe de la liturgie byzantine, un tropaire pour un autre, à moins que cela ne fût un apolytikion ou un kondakion, ces courtes hymnes d'une strophe parfois intercalées entre les versets d'un psaume et répétées comme un leitmotiv.
A la fin du repas, je m’adressai à mes frères, leur expliquant que, ma mère m’ayant envoyé un bon gâteau, je tenais absolument à le partager avec eux. Quelle erreur n’avais-je pas commise ! Ephrem se leva d’un bond et s’écria :
- Où est ce gâteau ?
- Dans le placard, répondis-je, surpris par le ton sec du jeune moine qui, déjà, avait ouvert le placard et auscultait le précieux dessert.
- Je parie qu’il y a là-dedans tout ce qui est interdit de manger pendant le carême ! Il n’est pas question d’y toucher, ordonna-t-il en quittant le réfectoire.
Les novices, en l’absence du hiéronda, ne pouvaient qu’obtempérer. Je remontai dans ma cellule et m’allongeai sur mon lit. En des circonstances différentes, ceci aurait dû paraître puéril, voire même comique. Mais l’extrême dénuement et la solitude transformèrent cette humiliation en blessure. Je devais sans doute pleurer bien fort – les cloisons qui nous séparaient n’étaient pas très épaisses – car j’entendis qu’on murmurait quelque chose à mon propos.
Le lendemain, les pères ayant regagnés le monastère, on déjeuna comme si de rien n’était. Ephrem faisait la lecture d’un ton emphatique, en traînant la dernière syllabe des mots comme dans les vieux films des années 30. Placide frappa sur une clochette pour signifier la fin du repas. Comme Ephrem s’inclinait pour recevoir la bénédiction, Placide lui dit tout à coup, d’une manière qui déconcerta toute l’assemblée :
- Il n’y a pas de dessert aujourd’hui ?
- Mais, hiéronda, c’est carême et…
- Je ne sais pas ce que vous en pensez, interrompit le père Placide, mais moi je crève de faim !
Tout le monde se regardait, ahuris. Le grand ascète Placide réclamait un dessert pendant le carême !
- Il y a bien un gâteau que la maman d’Alain a envoyé, risqua timidement Pascal, mais…
- Mais il contient tous ce que l’Eglise interdit en ce jour, trancha Ephrem !
- Et bien amenez-moi ce gâteau, ordonna Placide.
Ephrem dû apporter le gâteau au hiéronda et le découper.
- Servez donc une bonne part à Alain, s’il vous plait, dit Placide.
Tous les visages s’étaient illuminés, sauf celui d’Ephrem qui me servait, car on venait enfin de comprendre le fin mot de l’histoire. Placide était en train de donner une leçon de charité, à la manière des Pères du désert. Je me mis à pleurer, mais de joie cette fois-ci.
- Merci hiéronda, dis-je en portant à ma bouche la pâtisserie interdite.
- La charité ! dit le père Placide, la charité accomplit la loi !
Le Hiéronda avait, par ce geste si simple, explicité la nature même du christianisme (...) Que dit rabbi Yeshoua ben Youssef ? Que tous les commandements se résument dans l’amour, que Dieu lui-même est cet amour. Voilà ce que le père Placide avait démontré en mangeant un gâteau prohibé par la loi comme jadis Jésus en guérissant un malade le jour du Shabbat. »
(Extrait de "La presqu'île interdite", Albin Michel. Par Alain Durel)





http://monasteresaintantoine.fr/librairie/index.php?id_product=45&controller=product




Importance du témoignage orthodoxe en Occident
[…] la présence de l'Orthodoxie en Occident est une nécessité vitale, avant tout parce que l'Église orthodoxe est l'Église véritable du Christ. Comme nous l'enseigne toute la Tradition, l'Église est la véritable arche du salut pour toute l'humanité, le moyen établi par Dieu pour que les hommes obtiennent le Salut et la vie éternelle. A ce titre, il faut qu'elle soit présente partout et rayonne sur le monde. Les fruits que portera cette présence dépendront ensuite de la libre réponse des hommes.

D'autre part, l’Occident est douloureusement partagé, depuis le XVI" siècle, entre le catholicisme romain et les confessions issues de la Réforme protestante. De bons historiens pensent que celle-ci n'aurait jamais eu lieu, si la grande rupture avec l'Orthodoxie ne s'était pas produite au XI° siècle. Les Réformateurs ont voulu réagir contre des abus et des déviations qui étaient en grande partie propres au Christianisme occidental, et qui s'étaient développés à la faveur de la séparation du reste du monde chrétien. Mais ces Réformateurs vivaient dans un univers déjà coupé de la tradition ancienne et étaient eux-mêmes imprégnés d'augustinisme ; c'est pourquoi ils n'ont pas pu retrouver la plénitude du christianisme originel. Dans un tel contexte, la présence de l'Église orthodoxe, bien loin d'être un facteur de nouvelles divisions, peut être un puissant ferment pour la recomposition de l'unité spirituelle de l'Europe. Unité qui ne peut se fonder […] que sur la foi que tous les chrétiens ont professée ensemble pendant un millénaire.

Enfin, l'occident est soumis depuis longtemps déjà à un processus de déchristianisation qui mine les fondements même de sa civilisation, et qui risque de le conduire, dans les décennies à venir, à un déclin irrémédiable. Ceci est particulièrement sensible en France, où ce processus est une conséquence indirecte de la Réforme du XVI° siècle, et aussi de la réaction trop cléricale et autoritaire du catholicisme de la Contre-Réforme. Il est étroitement lie à certains aspects de la Révolution française et aux conditions dans lesquelles sont nés aussi bien le libéralisme économique que le marxisme. Devant le risque d'l'asphyxie spirituelle qui les menacent, beaucoup d'Occidentaux en viennent à chercher un peu d'oxygène dans les sectes plus ou moins marginales qui se multiplient, ou dans les sagesses extrême-orientales. Mais, même parmi ceux-ci, il est des hommes qui redécouvrent finalement dans l'Église orthodoxe une source spirituelle toujours jaillissante, demeurée largement étrangère à la plupart des conflits qui ont préparé l'éclatement de l'univers occidental, et qui porte la promesse de la Vie pour notre monde.

Archimandrite Placide Deseille
in L'ÉGLISE ORTHODOXE ET L'OCCIDENT






L'archimandrite Basile (Pasquiet), ancien moine grec-melkite-catholique devenu lui aussi chrétien-orthodoxe, nous témoigne ceci de notre bien-aimé père Placide :
------------------
Seigneur Jésus Christ fils de Dieu souviens toi dans ton royaume de ton serviteur l'archimandrite Placide.
La première fois que j'ai entendu parler du père Placide Deseilles fut dans son monastère d'origine, l'abbaye de Bellefontaine dans le Maine-et-Loire à une vingtaine de kilomètres de Tiffauges mon village natal en Vendée, c'était en 1975. J'étais en pleine recherche spirituelle, et je m'étais amouraché d'une camarade de classe, nos relations etaient tout à fait innocentes et finalement ma vie allaient changer lorsque je sus que son oncle était le père Abbé de l'abbaye de Bellefontaine. Alors dans mon coeur est né la vive envie d'aller au monastère, et un beau matin, un samedi, je me mis en route pour Bellefontaine. Je pensais faire de l'auto-stop, mais sans succès, si bien que j'y suis allé à pieds. Je suis arrivé vers midi et j'ai eu la chance d'avoir une bref entrevue avec le père hôtelier qui justement me parla d'un de leur père qui vivait en ermite selon la tradition monastique orientale, c'était bien sûr père Placide. La cloche sonna et le père hôtelier s'excusant brusquement me laissa seul sans directive (bien sûr c'était l'heure de sexte et du repas, mais je n'étais pas encore initié), ne sachant que faire au bout d'un moment je pris la décision de prendre le chemin du retour et de nouveau à pieds j'ai parcouru les 20 km jusqu'à Tiffauges, mais ce fus d'un pas léger. Peut-être ce jour là était né ma vocation monastique. En juillet 1976 je suis parti de mon Tiffauges natal pour le Sud de la France où j'ai rencontré Cantauque qui devint le lieu de mon engagement chrétien, je lisais avec beaucoup d'intérêt les ouvrages du père Placide, entre autres, "l'Évangile au désert", "La fournaise de Babylone" et le livre qui ne me quittera plus : "L'ÉCHELLE SAINTE" de Jean Climaque. J'étais devenu un amoureux du rite byzantin et de la spiritualité orientale, puis la nouvelle éclata : Père Placide est devenu orthodoxe ! Je m'en réjouis et au fond de mon coeur est né la certitude que j'allais moi aussi un jour devenir orthodoxe. Des soeurs de la communauté de la Théophanie nous quittèrent pour rejoindre le père Placide ce fut le début de la communauté monastique qui deviendra ensuite le monastère de Solan. En 1989 je fis un stage de calligraphie à Saint Antoine l'abbaye et je me suis rendu jusqu'au monastère de St Antoine, il n'y avait pas encore l'église byzantine, mais père Seraphim était là. Avant de partir pour la Russie j'ai eu la chance de pouvoir rencontrer le père Placide à Solan, puis j'ai fait un bout de chemin avec lui dans sa voiture dans la vallée du Rhône, ensuite j'ai continué mon chemin en auto - stop comme j'en avais l'habitude. Le 20 août 2018 de passage en France avec des amis russes, Анна et Pavel, nous avons pu rencontrer le père Placide après la divine liturgie pendant une trentaine de minutes. L'entretien fut très intéressant, le père s'intéressa beaucoup à la Russie et était très attentif. Après avoir reçu sa bénédiction nous partîmes léger et cette rencontre reste toujours vivante en nous.
Hier nous avons appris son départ vers la maison du Père et sa naissance au ciel où avec tous les Saints le Seigneur lui accorde le repos.
Une douloureuse joie nous étreint.